Battus, les partisans du nouveau musée des beaux-arts au bord du lac Léman à Bellerive se sont retrouvés sous les combles, dans la salle du Bicentenaire, à la Place du Château à Lausanne. Victorieux, les adversaires du crédit d'étude de 390000 francs destiné à développer le projet architectural «Yin-Yang», festoyaient en contrebas, hôtes de l'Association des amis de la Cité de Lausanne. Quelques mètres, quelques marches seulement séparaient les deux camps; pourtant un monde les divisait et les divise encore.

52,5% des votants refusant le crédit, donc hostiles au musée situé à Bellerive, face aux 47,5% favorables à installer les Beaux-Arts sur les quais, entre Ouchy et Vidy: le score résume à merveille l'affrontement qui a partagé en deux fronts quasi équivalents les citoyens du canton qui se sont déplacés aux urnes (51,15% de participation). Plutôt acquis au projet le long des rives du lac à l'exception notable de Lausanne et Montreux; de plus en plus réfractaires au fur et à mesure que l'on s'éloigne du Léman (voir infographie).

Sentiments contrastés

La joie des uns, trop contents d'avoir mis à mal «l'officialité», et la déception des autres, consternés d'une telle «incompréhension» qui risque de compromettre à jamais le nouveau musée, étaient à la mesure de l'enjeu et du combat, passionné, parfois excessif. Tout le monde l'a reconnu, non sans regretter de part et d'autre mensonges, partialité, arguments caricaturaux et disproportion de moyens engagés.

Le Conseil d'Etat a reconnu la défaite, aligné devant un parterre exceptionnellement nourri d'opposants étrangers à toute culpabilité vis-à-vis du sort de la culture cantonale et de fans où l'on remarquait l'absence de Daniel Brélaz, syndic de la capitale vaudoise, et de Me François Carrard, président de la Fondation de soutien au nouveau musée.

Il a en revanche évité de considérer le non des urnes comme un rejet des Beaux-Arts. Pascal Broulis, président du collège, Anne-Catherine Lyon, ministre de la Culture, ont préféré saluer la dynamique créée par le projet de nouveau musée, en gestation cependant depuis dix-sept ans. Dynamique probablement freinée, selon le Conseil d'Etat, par la crise économique qui pointe.

La magistrate socialiste a néanmoins réaffirmé son opposition à l'aménagement du Palais de Rumine, qui abrite le Musée. La question a été tranchée en 1991. La décision de l'époque de déménager les Beaux-Arts reste valable. D'autant plus, a-t-elle insisté, que toutes les collections casées sur la place de la Riponne manquent de place. Peu enclin à l'autocritique, notamment à l'égard de sa communication, le Conseil d'Etat va analyser en profondeur les résultats et annoncer ses intentions très rapidement, d'ici un mois tout au plus, a indiqué Pascal Broulis. Il s'agit en effet de relancer l'un des objectifs prioritaires du programme de législature. Et de ne pas rester au milieu du gué.

A défaut de plan B - «Il n'y en a pas», a admis Anne-Catherine Lyon, dépitée -, le gouvernement doit maintenant trouver un terrain d'entente pour renouer le dialogue avec des adversaires dont les motivations sont hétéroclites: de la protection des berges au respect des lois sur l'aménagement du territoire, en passant par l'allergie au béton et l'envie de centre-ville. Une réunion de travail est d'ores et déjà agendée pour le début de l'année prochaine. Il y aura dont fort à faire, surtout si le refus d'étudier la possibilité de garder le musée à Rumine devait se confirmer.

Dans l'immédiat, les joutes reprendront au Grand Conseil mardi prochain déjà, comme l'a laissé entendre Pierre Santschi, conseiller communal vert à Lausanne et président du comité référendaire. Postulats et interpellations vont fuser: favorables à Rumine certainement, mais aussi tournés vers d'autres solutions plus inattendues, à l'image d'un site non lausannois ou d'une collaboration intercantonale.

En attendant un choix clair, Bernard Fibicher, directeur du musée cantonal, se laisse du temps pour réfléchir à son avenir. Mais il se dit prêt à s'investir dans un nouveau projet, s'il devait voir le jour. Quant au partenariat public-privé destiné à couvrir les 68 millions que devait coûter le nouveau musée, et qui a suscité beaucoup de réticences, il est maintenant suspendu au bon vouloir des fondations qui avaient promis leur engagement (Leenaards et Loterie romande), ainsi qu'à la décision des collectionneurs (Pauli, Planque et Duboix). On en saura davantage dans quelques jours.