Les 80 membres du parlement de la Ville de Genève ont intérêt à parfaire leurs connaissances en architecture d’ici à mardi et mercredi prochains. C’est, en principe, durant cette session qu’ils seront appelés à prendre des décisions cruciales sur l’avenir du Musée d’art et d’histoire (MAH). Institution phare de la ville, le bâtiment de 1910, jamais rénové depuis, a cruellement besoin d’une réfection et d’un agrandissement, ses collections manquant de place.

Les élus se prononceront en plénum sur un crédit additionnel de 2,4 millions de francs pour achever les études sur le projet officiel, conçu en 1998 par le Français Jean Nouvel et des partenaires locaux. Ce plan a dû intégrer de nouvelles exigences techniques et muséographiques (ajout des collections d’horlogerie et d’instruments de musique, notamment). En commission, la rallonge a passé la rampe, malgré le refus des délégués de trois des sept partis composant le conseil (Verts, Ensemble à gauche et UDC).

Car le projet est controversé: de ce fait, il devra peut-être subir d’autres modifications. Il est âprement combattu par les associations Patrimoine suisse et Action patrimoine vivant (APV), qui rejettent l’extension telle qu’elle est prévue. Celle-ci comblerait la cour du bâtiment historique et dépasserait la toiture actuelle. L’influente Commission des monuments, de la nature et des sites (CMNS) a aussi demandé des modifications du même ordre (LT du 10.03.2012): elle n’accepte qu’un comblement partiel de la cour et s’oppose à une surélévation.

Alternatives

APV a donné une conférence de presse vendredi pour souligner les alternatives au projet Nouvel. Le musée pourrait sauver sa cour et trouver de nouvelles surfaces dans l’îlot des Casemates, qui jouxte sa façade arrière, en annexant l’Ecole des beaux-arts, qu’il faudrait alors déplacer. Le MAH occupe déjà une partie des bâtiments qui complètent ce pavé de maisons. APV jugerait encore préférable une extension sous le parc de l’Observatoire, situé à l’avant du musée. Des études ont déjà établi, au début des années 80, la possibilité d’exploiter cet espace. Membre d’APV et conseiller municipal d’Ensemble à gauche, Christian Zaugg annonce qu’un amendement sera déposé lors du prochain débat: il s’agirait d’allonger le crédit de 300 000 francs afin de réaliser des études complémentaires sur ces plans B.

Reste à savoir si ces variantes séduiront les mécènes prêts à soutenir le projet Nouvel, en réglant quelque 50% de son montant (127 millions de francs). La fondation du député Renaud Gautier lie son appui au projet Nouvel. Quant au collectionneur Jean-Claude Gandur, il dit son désintérêt pour un projet enterré. «Plus que le départ d’un Gandur, il faut craindre un référendum qui menacerait une rénovation indispensable», juge Erica Deuber Ziegler d’APV. Reste que l’association est prête à soutenir, le cas échéant, un tel recours à la démocratie directe si ses revendications ne sont pas entendues.

Les Verts déposeront eux aussi une demande d’amendement, ouverte aux autres partis, portant sur 500 000 francs supplémentaires. L’enveloppe financerait des études permettant au plan d’extension de respecter les exigences de la CMNS et d’explorer en priorité un agrandissement qui exploiterait l’Ecole des beaux-arts. «Cela permettrait de trouver une porte de sortie honorable et d’éviter de faire échouer ce projet, au risque de ridiculiser une fois de plus la Ville de Genève», estime l’élu écologiste Alexandre Wisard.

En quête d’un compromis

Dans les faits, une telle étude est déjà en marche. Les magistrats municipaux ont prié la semaine dernière les auteurs du projet de chercher à revoir leur copie, afin de se conformer aux exigences de la CMNS. «Il nous est demandé de rester dans un gabarit qui n’exigerait plus de dérogation de la part de la commission, indique Fabrice Jucker, partenaire genevois de Jean Nouvel. Si l’on devait perdre de l’espace, on pourrait chercher des surfaces supplémentaires sous la cour des Casemates.» Un travail sera également effectué afin d’éviter aux structures implantées dans la cour intérieure de chercher appui dans les murs du bâtiment historique.

Selon APV, la CMNS aurait en outre voté mercredi un préavis positif au classement du musée. Le Temps n’a pas pu obtenir confirmation de cette information.