Mardi prochain, parmi le public venu assister aux débats du parlement municipal de la Ville de Genève sur le nouveau musée d'ethnographie de la place Sturm, il y aura Jean-Pierre Gontard, un homme convaincu de la nécessité d'un tel projet: «Genève ne peut pas refuser un musée interculturel tel que celui-ci. Ce ne serait pas cohérent avec l'image qu'elle veut donner au niveau international.»

Jean-Pierre Gontard pourrait ainsi s'enthousiasmer sur le futur musée, baptisé L'Esplanade des mondes, pendant des heures. Ce n'est pas un homme de l'intérieur, un conservateur qui pourrait être tout simplement fasciné par les trésors conservés dans de mauvaises conditions dans les caves et greniers du boulevard Carl-Vogt et des annexes. Il préside la Société des amis du Musée d'ethnographie. Directeur adjoint de l'Institut universitaire d'études du développement, il est également à la tête de la Fédération genevoise de coopération. C'est dire qu'il connaît cette Genève multiculturelle et associative avec laquelle le Musée entend faire vivre ses collections.

«Depuis quelques années, c'est déjà une réalité, avec des moyens limités», souligne Jean-Pierre Gontard. On se souvient de l'Année de la diversité, et de son point culminant, la Fête de la diversité. S'y étaient mêlés des dizaines de musiciens venus de toute la planète et d'autres habitant la région genevoise, mais représentant eux aussi une réelle diversité culturelle. Depuis, le Musée a continué à travailler avec la Genève multiculturelle, en organisant notamment, en 1999, un festival consacré aux influences méditerranéennes sur la Cité de Calvin.

Ce lien direct avec les populations locales est entretenu entre autres par les Ateliers d'ethnomusicologie dirigés par Laurent Aubert, conservateur au Musée d'ethnographie. Cet ethnologue poursuit une mission de recherche au Kerala, au sud de l'Inde, où les arts de la musique, du théâtre, des marionnettes, sont particulièrement vivants. Une exposition en résultera. Elle n'aura pas la chance d'être montée dans les futurs espaces de la place Sturm qui aurait permis de mieux la mettre en valeur: 3680 mètres carrés d'exposition seront disponibles contre 1300 actuellement. Par ailleurs, les salles de Carl-Vogt sont difficiles à sécuriser et ne permettent guère de sortir les objets des vitrines. En étant à la place Sturm, les Ateliers d'ethnomusicologie pourraient encore mieux faire vivre cette présentation grâce à des moments musicaux et des présentations.

Des libéraux remettent en cause le site choisi pour le futur musée, lui préférant la place des Nations. Toutefois, ce n'est pas en premier lieu à la Genève des organisations internationales que s'adressera L'Esplanade des mondes, mais à l'ensemble de la population genevoise, qui intègre des citoyens de presque tous les pays du monde. «Qu'ils votent ou non, qu'ils soient Noirs ou Blancs, le musée leur parlera de leurs origines multiples avec respect», souligne Jean-Pierre Gontard.

Le premier ami du musée met volontiers en avant cette dimension qui aidera la Genève pluriculturelle à éviter ghettoïsation et violence. Dans cet esprit, le nouveau musée pourrait offrir des cartes blanches à des groupes culturels genevois, suggère Louis Necker. Pour le directeur du Musée, c'est le rôle même de l'ethnographie que de favoriser de meilleures relations entre les hommes. Et l'une des prochaines expositions portera justement sur les visions anthropologiques de la paix.

Pour l'heure, l'équipe ne manque pas de projets et rêve de grandes expositions telles qu'elle n'a encore jamais pu en concevoir malgré ses collections de haut niveau. Bien sûr, elle manque encore de métier. Mais de nouveaux spécialistes l'ont rejointe ces dernières années – dont un des rares spécialistes de l'anthropologie visuelle – et elle continuera à rajeunir, plusieurs retraites étant proches. Et le musée cherchera à l'extérieur de nouveaux souffles, de nouveaux regards. Ainsi, une collaboration est envisagée avec le Palazzo Grassi pour l'exposition inaugurale qui tournera autour de l'Océanie. Ce musée vénitien est l'une des institutions européennes les plus douées pour monter des expositions grand public de qualité. Autant de perspectives qui sont suspendues au vote du Conseil municipal..