Des banderoles et des panneaux tenus à bout de bras par des femmes voilées annonçaient samedi à Lausanne le refus d’un amalgame entre les fusillades parisiennes revendiquées par le groupe État islamique et la communauté musulmane. Le premier rassemblement public romand suite aux attaques de Paris était organisé par l’Union vaudoise des associations musulmanes (UVAM), à laquelle la Municipalité lausannoise s’était associée.

Éviter les amalgames

«Malheureusement, on a appris à réagir extrêmement vite à ce genre de choses», se désole Pascal Gemperli, président de l’UVAM. «Évidemment, nous n’avons rien à voir avec ces fusillades. Mais les amalgames nous obligent à nous positionner en condamnant ces actes de barbarie», clarifie-t-il. La peur est palpable dans la voix de ce Thurgovien converti à l’islam. «J’ai l’impression que l’on est en train de mettre en place des lois d’exception contre les musulmans. Je crains pour notre communauté et je ne sais pas quoi faire d’autre que de manifester et de répéter inlassablement que nous ne sommes pas liés à ces actes terroristes».

Dans la foule comprenant une centaine de personnes, selon les forces de l’ordre, la conseillère nationale socialiste Ada Marra apporte son soutien aux manifestants. «On en arrive à ce que ce soit les musulmans de Suisse qui bondissent dans la rue pour se désoler d’actes terroristes qui n’ont rien à voir avec eux», s’étrangle-t-elle. «J’ai envie de leur dire: mais c’est tellement évident que ce n’est pas votre faute! Pourtant, il doivent continuer à le faire».

Lausanne, ville de tolérance

Lausanne compte 42% d'étrangers, selon son syndic Daniel Brélaz et cette multiculturalité fait sa fierté. «Notre message aujourd'hui consiste à dire que même si l'on n'est pas à l'abri d'une telle catastrophe chez nous, on n'arrivera pas à détruire la richesse de cette diversité socioculturelle», avise-t-il. Jamais avare d'une analyse, l'écologiste suppose que le calendrier des attaques parisiennes n'est pas anodin. «Les élections régionales françaises de décembre approchent. En perpétrant ces actes terroristes, les djihadistes participent à la montée du Front national. Ils se serviront ensuite de la détresse des banlieues découlant du vote pour recruter des jeunes».

Nos amis ne sortent plus

Sur la place St-François, trois adolescentes aux yeux rougis se réchauffent les mains avec leurs gobelets Starbucks. Elles sont blêmes. «On devait partir à Paris ce matin pour voir nos copains durant le week-end, mais hier soir, devant les nouvelles, nos parents nous l’ont interdit», expliquent Charlotte, 16 ans et Louise, 19 ans. «Dès que ça se calmera, on ira apporter notre soutien à nos amis. Pour l’instant, ils ne sortent plus de chez eux». Informées par Facebook de la manifestation lausannoise, elles sont venues «combattre l’amalgame fait entre les musulmans et les terroristes».

En début de soirée, à quelques dizaines de mètres plus bas dans le Flon, une seconde manifestation était organisée par des indépendants. Quatre à cinq cent personnes, selon les organisateurs, ont apporté leur soutien aux victimes des dernières attaques terroristes à Ankara, Beyrouth et Paris. 

Bérangère est parisienne et a perdu un ami dans la tuerie de vendredi soir. La voix tremblante d'émotion, elle dit sa rage. «Ce sont les quartiers où il règne la plus belle des mixités sociales qui ont été touchés. Ceux où il règne un grand respect. Dorénavant, on ne pourra plus jamais sortir boire un verre sans avoir peur». La jeune trentenaire se dit émue par la solidarité des Suisses. «Mes amis d'à travers le monde se sont chacun rendus à un rassemblement aujourd'hui, que ce soit à Sydney, Hong-Kong, Singapour ou en Argentine».