Non, elle n’a pas été élue au Conseil national le 20 octobre dernier, Myriam Roth. Mais la jeune Biennoise de 28 ans est une des étoiles montantes au sein du parti des Verts dans le canton de Berne, ayant tout de même récolté 33 000 suffrages. Surtout, elle copréside l’Association suisse pour la protection du climat, qui a fait aboutir l’initiative populaire pour les glaciers en moins de cinq mois.

Fille d’un père alémanique et d’une mère romande, Myriam Roth jongle avec les langues comme avec ses nombreux combats politiques: pour le climat, pour l’égalité des genres, contre les violences faites aux femmes. Au niveau local, elle les mène au Conseil de ville de Bienne, où elle a été élue en 2017. Avec des fortunes diverses.

Côté revers, le parlement a renoncé à introduire un quota de femmes de 50% au sein des directions et conseils d’administration des entreprises municipales, où elles ne sont actuellement que 21%. Côté victoire en revanche, en août dernier, ce même Conseil de ville a accepté une motion afin de décréter l’état d’urgence climatique.

«C’est un acte avant tout symbolique», reconnaît Myriam Roth. Mais pas seulement. A la suite d’une motion, Bienne élaborera un règlement pour le climat qui reprend certains aspects de l’Accord de Paris visant à atteindre la neutralité climatique en 2050. «Nous pourrons y prendre des mesures concrètes en matière d’isolation des bâtiments ou de préservation des espaces verts, par exemple.»

Urgence décrétée à Bienne

Au niveau national, la Biennoise n’a certes pas encore investi le Palais fédéral, mais elle ne tardera pas à s’y faire un nom. Elle copréside l’Association suisse pour la protection du climat, qui a fait aboutir l’initiative pour les glaciers en moins de cinq mois. Son texte exige que la Suisse s’affranchisse totalement des carburants et combustibles fossiles d’ici à 2050. Les travaux pour aboutir à sa version définitive ont été laborieux. «Durant des jours et des nuits, nous avons pesé chaque mot pour que l’initiative soit soutenue aussi largement que possible par la société civile, soit au final par une cinquantaine d’associations, raconte-t-elle. Personnellement, j’aurais espéré qu’elle soit plus contraignante pour la place financière suisse, qui est un des plus gros producteurs d’émissions de CO2.»

Myriam Roth se dit consciente de l’impatience des grévistes du climat, qui visent la même neutralité climatique, mais à l’horizon 2030 déjà. «La démocratie est un bel outil pour intégrer la population dans les processus décisionnels, mais la politique institutionnelle est très lente en Suisse», constate-t-elle.

Sur le plan professionnel, Myriam Roth est infirmière HES spécialisée en psychiatrie. Au sein du pôle de santé mentale de l’entreprise PerspectivPlus, elle fait de l’accompagnement familial dans des situations de crise. Dans ce cadre, elle est souvent confrontée à la violence sous toutes ses formes. Un thème longtemps resté tabou avant que la parole ne se libère enfin. «En Suisse, la grève des femmes a joué un grand rôle à cet égard. Des collectifs se sont créés, où femmes et hommes peuvent s’exprimer dans un climat d’écoute et de bienveillance. Les victimes se sont départies peu à peu du sentiment de culpabilité qui les tourmentait.»

Pas «donneuse de leçons»

Très vite, Myriam Roth s’est sentie concernée par l’écoféminisme, une philosophie qui marie les courants de pensée écologiste et féministe. Avec d’autres femmes, elle a créé le collectif La Bise, engageant notamment une réflexion sur le vécu des femmes et les conséquences sur le climat. Le 11 décembre dernier à Bienne, elles se sont posé la question de l’impact environnemental qu’implique le fait d’être mère. Une quinzaine de femmes ont participé à la réunion, mais aucun homme. Sa réponse à elle? «Actuellement, je dirais plutôt non à la maternité, mais ce n’est pas définitif. Je suis marraine, j’ai des enfants autour de moi.»

Dans l’immédiat, Myriam Roth tente d’être la plus cohérente possible avec ses convictions. Cela fait six ou sept ans qu’elle n’achète plus que des vêtements de seconde main. De même, elle se fournit en légumes au marché local, au stand d’une exploitation Demeter, et elle n’utilise quasiment aucun emballage. Elle enveloppe le fromage dans du tissu en cire d’abeille, le bee wrap pour les initiés.

Une certaine colère

Myriam Roth ne cache pas qu’elle éprouve une certaine colère quant à la très tardive prise de conscience des responsables politiques à propos de l’urgence climatique. Sans la grève de Greta Thunberg qui a réveillé les consciences, probablement que les derniers rapports du groupe d’experts intergouvernemental (GIEC) n’auraient pas incité plusieurs gouvernements à décréter cette urgence.

Cela dit, la Biennoise se défend d’être une donneuse de leçons. «Je ne condamne pas les gens pour leur comportement.» Elle a déjà pris l’avion pour aller voir la famille de son compagnon, d’origine iranienne, et se refuse à juger des proches qui sont partis découvrir le Canada. «La culpabilisation ne sert à rien», estime-t-elle. Son combat, c’est la justice climatique.


Profil

1991 Naissance à Bienne.

2011 Bachelor en soins infirmiers à la Haute Ecole de santé Arc, Neuchâtel.

2017 Election au Conseil de ville de Bienne chez les Verts.

2018 Coprésidente de l’Association suisse pour la protection du climat.