«Ce qui est sûr c’est qu’on voulait tuer», a déclaré le procureur de la République d’Annecy, Eric Maillaud. Le magistrat a dénoncé un acte d’une extrême «sauvagerie», «un crime particulièrement horrible» et «hors normes».

Trois des quatre personnes retrouvées tuées seraient membres d’une même famille originaire du Royaume-Uni qui se trouvait en vacances dans la région, a-t-il précisé. Un vacancier britannique à vélo avait découvert le drame mercredi après-midi, dans une voiture sur un parking isolé au bout d’une route forestière de la commune de Chevaline, en Haute-Savoie.

Un homme, probablement le père, se trouvait au volant du véhicule, et les deux autres victimes, deux femmes, vraisemblablement la mère et l’une plus âgée – grand-mère ou tante des enfants – étaient assises à l’arrière du véhicule.

La quatrième victime, un homme de 45 ans originaire de la région qui effectuait une randonnée à vélo, a été identifiée après que son épouse, inquiète de ne pas le voir revenir, eut alerté les gendarmes d’une commune voisine.

Cachée, elle survit

Deux fillettes – apparemment sœurs – ont survécu miraculeusement aux tirs nourris: l’une, âgée de 7 ans, est gravement blessée, l’autre, âgée de 4 ans, a été retrouvée indemne, prostrée dans la voiture.

Le procureur a insisté sur le fait que cette fillette était «totalement invisible», «immobile», «dans les jupes» d’une des femmes tuées, alors qu’une polémique a éclaté sur le délai de huit heures avant qu’elle ne soit découverte.

Secourue, «elle était manifestement heureuse d’être dans les bras des enquêteurs. Elle a été hospitalisée dans un service pédopsychiatrique», a dit le procureur, selon lequel elle a commencé à parler et pourrait être entendue prochainement.

Sa soeur aînée, grièvement blessée à la tête, a elle été plongée en coma artificiel et doit être réopérée. Ses jours ne sont toutefois plus en danger.

«Réflexes extraordinaires»

Le procureur a rendu hommage aux «réflexes extraordinaires» du premier témoin ayant donné l’alerte, qui se trouve être un ancien de la Royal Air Force (RAF). Il avait eu le réflexe de mettre l’enfant blessée en position latérale de sécurité.

Le magistrat s’est refusé à privilégier toute hypothèse – règlement de comptes ou autres. Il a appelé à la prudence sur les liens qui unissaient les victimes, en l’attente d’une identification formelle.

L’homme dont la voiture est la propriété, «né en Irak», vivait depuis de nombreuses années en Grande-Bretagne, a-t-il néanmoins confirmé. De source policière, cet homme de 50 ans était domicilié dans la grande banlieue sud de Londres, dans le comté du Surrey.

La police britannique a perquisitionné jeudi à son domicile, une maison à colombage d’un quartier résidentiel de Claygate. Un facteur a indiqué que le propriétaire «habitait dans la maison depuis environ trois ans» et avait l’air d’un homme agréable».

A une adresse correspondant au siège de son entreprise de conception de systèmes informatiques, un homme se présentant comme son comptable, Julian Stedman, a semblé très choqué. A la question de savoir s’il lui connaissait des ennemis, il a répondu: «Aucun à ma connaissance». Confirmant que la famille était en vacances depuis la fin août dans les Alpes françaises, il a déclaré n’avoir pas eu de nouvelles depuis.

Londres sous le choc

La famille s’était enregistrée dans un petit camping trois étoiles voisin du lieu du massacre, à Saint-Jorioz, près du lac d’Annecy. Elle y séjournait dans une modeste caravane blanche.

La plus âgée des femmes tuées est de nationalité suédoise, a indiqué de son côté le ministère suédois des Affaires étrangères. Un passeport irakien a par ailleurs été retrouvé.

«Fusillade terrible et tragique en France», a réagi sur Twitter le ministre britannique des Affaires étrangères William Hague. «L’équipe de l’ambassade britannique est sur place. Nos pensées vont aux jeunes filles qui ont survécu et à la famille», a-t-il ajouté. De son côté, le président français François Hollande a assuré que «tout sera fait pour retrouver le ou les coupables».