Limmatquai (4/8)

Le mystérieux caïman de Hallwil

Un pêcheur affirme avoir aperçu un reptile dans le lac argovien et, depuis, les spéculations enflent

Chaque mardi de l’été, notre correspondante à Zurich explore les secrets et les chemins de traverse de la cité de Zwingli.

Episodes précédents:

Le creux naissant de l’été, une anecdote animalière et un brin d’exotisme: voici les ingrédients d’un feuilleton médiatique. Celui qui passionne les Zurichois en ce moment se déroule en Argovie. Il y a dix jours, un pêcheur naviguant sur le paisible lac de Hallwil entrevoit ce qu’il décrira à la police comme un reptile happant un canard avant de disparaître sous la surface. Les forces de l’ordre, jugeant son témoignage crédible, diffusent un communiqué sur la présence potentielle d’un caïman dans le lac. Depuis, les autorités traquent la bête et la machine à mythe s’est mise en route.

Les uns spéculent sur la fiabilité du témoignage du pêcheur: n’était-ce pas juste un gros brochet? Les autres s’interrogent sur l’origine potentielle de l’alligator, sa capacité à survivre hors de son habitat, ou sa dangerosité. Hypothèse la plus probable: un individu aura voulu se débarrasser de cet encombrant compagnon originaire d’Amérique du Sud, probablement acheté sur le marché noir. Supposition la plus folle: après les écrevisses américaines, les alligators vont-ils bientôt peupler les lacs helvétiques? Un Ranger à l’épaisse moustache, jumelles au cou, diffuse sa science sur tous les canaux, expliquant que les caïmans sont trop timides pour s’attaquer aux humains, ils préfèrent les canards ou les petits mammifères. Le Blick a questionné le curateur du Zoo de Zurich, qui se veut rassurant: s’il n’est pas capturé avant, le mangeur de palmipède ne résistera pas à l’hiver.

Steak de crocodile

Du côté des baigneurs, les réactions sont mitigées, entre ceux qui n’osent plus tremper un orteil dans l’eau et ceux qui pensent que les petites bêtes (il ferait entre 1 et 1,5 mètre tout de même) ne mangent pas les grosses. Il y en a, peu téméraires, qui envoient leur chien en éclaireur. Enfin, il y a les gagnants et les perdants de l’histoire. Le propriétaire du camping du bord du lac, voyant les curieux accourir, se frotte les mains. Les familles de campeurs qui pensaient se trouver dans l’endroit le plus tranquille du monde, elles, font la moue. Quant au tenancier du restaurant Seerose non loin, il s’est empressé de commander de la viande de crocodile pour la mettre au menu. Le caïman, lui, finira par réapparaître lorsqu’il aura digéré son repas. Ou tombera dans l’oubli une fois passé le temps des baignades.

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