Après l’entourage de Teodoro Obiang, président de la Guinée équatoriale, et la famille Bongo – au pouvoir au Gabon –, c’est le clan de Denis Sassou-Nguesso, au pouvoir au Congo-Brazzaville, qui intéresse les enquêteurs français de l’Office central pour la répression de la grande délinquance financière. Dans le volet dit des «Biens mal acquis», les limiers ont pu établir les détails des dépenses somptuaires du président et de sa famille dans les boutiques parisiennes, révélait le site Mediapart en octobre.

Lundi, Libération en dit un peu plus. Et fait apparaître le rôle d’un intermédiaire en Suisse, Philippe C., dirigeant de la fiduciaire Lemanfi, à Chavannes-de-Bogis (VD). De nationalité française, Philippe C. aurait agi en tant que gestionnaire de fortune du clan Sassou, écrit Libération, citant une source judiciaire.

D’après les enquêteurs, le clan aurait dépensé au moins 60 millions d’euros depuis 2005 dans les boutiques de la capitale, pour s’offrir vêtements, logements de luxe ou montres de marque. Des sommes provenant d’argent public congolais. Le président lui-même aurait dépensé 1,2 million d’euros en chemises et costumes sur mesure, payés par des virements depuis des comptes en Suisse.

Quel était le rôle de Philippe C.? Selon l’instruction française, il aurait aidé à créer quantité de sociétés écrans détentrices de comptes bancaires et domiciliées dans des paradis fiscaux, au sein desquelles il était la seule personne habilitée à agir. La Direction générale des grands travaux de la République du Congo aurait transféré depuis 2007 plus de 60 millions d’euros sur les comptes de ces sociétés.

Lundi, Philippe C. – qui parle «d’amalgames» et promet dans Libération vouloir «rétablir la vérité auprès des policiers» – n’a pas répondu à nos appels. Selon une source proche des milieux franco-africains, «on savait effectivement que Sassou avait un fiduciaire dans la région».

Le site internet de Lemanfi ne fait en tout cas pas de mystère quant à son champ d’activité. Au chapitre «gestion de patrimoine», la société s’adresse à ceux qui souhaitent «planifier la protection de [leurs] avoirs […], préserver [leur] patrimoine et assurer sa transmission». En qualité de family office, Lemanfi propose encore de «développer des structures propriétaires de biens liés à la famille, coordonner et superviser la gestion d’actifs et assurer l’administration de votre patrimoine au jour le jour.»