Sa nomination comme nouveau secrétaire général de l'UDC a pris tout le monde de court. Car Gregor A. Rutz, qui entrera en fonction le 2 avril, est peu connu, il n'a que 28 ans et, tout comme le président Ueli Maurer et le chef du groupe parlementaire Walter Frey, il est Zurichois. Qui est ce jeune politicien ambitieux, licencié en droit de l'Université de Zurich et assistant pendant trois ans à l'Institut de droit canon et ecclésiastique de celle de Fribourg? Le Temps l'a rencontré à Zurich.

Le Temps: Vous avez été Jeune radical. Pourquoi êtes-vous passé à l'UDC?

Gregor A. Rutz: J'ai été président des Jeunes radicaux du district de Meilen jusqu'en 1996. J'ai démissionné du parti, car je n'étais plus d'accord avec la politique menée par les radicaux zurichois. Je suis ensuite resté en retrait de la politique, le temps d'achever mes études. En 1998, des connaissances m'ont sollicité pour entrer à l'UDC. J'ai accepté, car j'estimais que la politique économique et étrangère menée par ce parti correspondait mieux à mes aspirations.

– En quoi la politique économique du Parti radical ne vous convenait-elle plus?

– A Zurich, l'état des finances publiques permettait depuis longtemps de procéder à des baisses d'impôts, mais les radicaux sont restés très hésitants à ce sujet, contrairement à l'UDC. En Suisse alémanique, le PRD mène, dans l'ensemble, une bonne politique libérale, mais il manque simplement de mordant.

– On vous a reproché d'avoir publié des déclarations à connotation révisionniste en 1994, dans le cadre de la votation sur la norme antiraciste, à laquelle vous étiez opposé. Reniez-vous ces propos?

– J'appartenais alors à un comité de jeunes qui combattait la norme antiraciste. Je crois que nous avons sous-estimé la sensibilité de cette question, et les citations que vous évoquez étaient assurément maladroites. Nous les avons regrettées à l'époque déjà. Cela dit, je reste convaincu que cet article antiraciste est une erreur. On combattrait mieux le racisme s'il n'existait pas.

– Tous les postes-clés de l'UDC suisse sont désormais occupés par des Zurichois. N'est-ce pas un problème?

– Je peux comprendre que l'on juge cela problématique. Ma tâche consistera cependant à faire en sorte que les autres partis cantonaux aient autant de bonnes personnalités que l'UDC zurichoise pour occuper ces charges.

– L'UDC bernoise a aussi des personnalités compétentes. Votre conseiller fédéral est précisément Bernois, mais il n'a désormais plus de répondant direct dans l'appareil du parti.

– Cette situation n'est sans doute pas idéale, mais il ne faut pas en exagérer l'importance. Je n'ai pas été nommé pour défendre les intérêts zurichois, mais bien ceux de toute l'UDC. Et je n'ai pas le sentiment que j'aurai de moins bons contacts avec les Bernois qu'avec les Zurichois.

– La forte progression s'est faite essentiellement en Suisse alémanique et, lors des assemblées générales, tout ou presque se déroule en allemand. L'UDC peut-elle prétendre être un parti national?

– Je n'ai jamais participé à une assemblée générale. Celle de Sarnen, le 28 avril, sera ma première. Mais il est absolument clair que l'UDC est un parti national. Le fait que nous soyons si fortement ancrés en Suisse alémanique est certes un problème, mais il n'est pas insurmontable. Nous avons un effort à faire et l'intensification des contacts avec la Suisse romande est l'une de mes priorités. J'ajoute que la votation du 4 mars a démontré que la politique étrangère que nous défendons est aussi soutenue par les Romands.

– Que représente pour vous Christoph Blocher?

– Il est un entrepreneur et un politicien remarquable. Il est rare qu'une même personne connaisse un succès identique dans ces deux domaines. Cela explique sa grande crédibilité. Il a aussi l'art de fasciner les gens et il est intéressant pour les médias, car il sait s'exprimer de manière claire et brève.

– On lui reproche souvent son style politique. Il montre par exemple des cercueils pour combattre l'envoi de soldats armés à l'étranger. Partagez-vous cette manière de faire de la politique?

– C'est vrai qu'il adopte souvent un ton très dur. C'est lié au climat politique zurichois, qui est sans doute plus agressif qu'ailleurs. En ce qui concerne la votation du 10 juin, je dirai qu'elle pose plusieurs problèmes: la neutralité, l'armée de milice et aussi la manière dont on s'immisce dans une guerre étrangère. La campagne de l'ASIN met ce dernier élément en avant, et je crois que c'est justifié. J'ai un ami qui se trouve actuellement au Kosovo: sa vie pourrait être en danger et il faut le dire.

– Les secrétaires généraux des partis ont longtemps été des lanceurs d'idées, des acteurs politiques. Aujourd'hui, les partis engagent des gens jeunes, à qui l'on demande avant tout d'être des managers. Un tel poste est-il encore attractif?

– La fonction de manager est effectivement plus importante que par le passé, car les tâches de coordination ont pris de l'ampleur. Cela laisse peut-être moins de temps à la réflexion, mais il appartiendra toujours au secrétaire général d'identifier les problèmes et de faire des propositions. Il s'agit donc d'un poste très attractif. Lorsqu'on me l'a proposé, j'ai réfléchi et suis arrivé à la conclusion qu'il y avait là un intéressant défi à relever. A Fribourg, j'ai côtoyé des gens venus des quatre coins de la Suisse, ce qui m'a permis de mieux comprendre les différentes régions de ce pays. J'ai estimé que je pourrais jouer un rôle intégrateur.