«Non, il n’y a pas d’afflux de Kosovars en Suisse»

Questions à

Le Kosovo fait face à un exode exceptionnel. Depuis janvier, près de 30 000 Kosovars ont afflué vers l’Allemagne, contre 7000 pour toute l’année 2014. De quoi faire déborder les centres pour requérants. Rien qu’en janvier, 3630 demandes d’asile ont été déposées en Allemagne, contre une moyenne mensuelle de 744 l’an dernier.

Les Länder les plus sollicités – Bavière, Bade-Wurtemberg, Basse-Saxe, Rhénanie-du-Nord-Westphalie – ont décidé de soumettre ces demandes à une procédure accélérée. En 2014, seule une demande sur 100 avait été acceptée, 0,3% en janvier.

L’ambassadeur Naim Malaj, qui représente le Kosovo à Berne, explique pourquoi la Suisse n’est pas touchée par ce phénomène migratoire.

Le Temps: Un tel afflux a-t-il été observé en Suisse? Près de 100 000 Kosovars auraient quitté le pays depuis décembre…

Naim Malaj: Non. Il n’y a pas d’afflux de Kosovars en Suisse. Les chiffres sont très bas. Il n’y a eu que 112 demandes d’asile en provenance du Kosovo en janvier, une trentaine en février. Les Kosovars savent que la Suisse considère désormais, depuis deux, trois ans, le Kosovo comme un «pays sûr»: ils ne viennent donc pas car leurs chances d’obtenir l’asile sont minimes. A l’époque, j’avais eu une discussion avec Mario Gattiker, le patron de l’Office fédéral des migrations [il est aujourd’hui secrétaire d’Etat aux Migrations, ndlr]. J’ai appuyé le choix des autorités suisses de considérer le Kosovo comme un «pays sûr». Il y a quinze ans, la Suisse a su se montrer très généreuse et accueillante, quand il le fallait. Mais aujourd’hui, il n’y a plus de persécutions politiques: ceux qui quittent le pays le font pour des raisons économiques, ce que je déplore.

– Mais comment expliquer ce soudain exode vers l’Allemagne?

– Il résulte surtout d’un réseau de passeurs, kosovars et serbes, qui les font passer par la Serbie et la Hongrie. C’est un business lucratif: ces trafiquants poussent les Kosovars à quitter le pays et leur font payer entre 400 et 2000 euros. Ils ont propagé la rumeur, dès la fin de l’année dernière, qu’il fallait se précipiter vers l’Allemagne, qui se montrait plus généreuse en termes d’asile. Ce qui est faux. Les Kosovars arrivés sur place déchantent. Certains sont expulsés par avion, d’autres rentrent d’eux-mêmes, car ils se rendent bien compte qu’ils ne trouvent pas le travail espéré. Ces passeurs ont menti. Vous pensez bien que si les Kosovars avaient de véritables raisons de fuir le pays, ils viseraient notamment la Suisse, où vit une diaspora importante. Cette situation est triste.

– Ne jouez-vous pas sur les mots? Vous parlez de gens qui déposent une demande d’asile. Or selon l’agence de presse albanaise Presheva Jonë, basée à Genève, 7000 à 8000 Albanais, en majorité du Kosovo, seraient arrivés illégalement en Suisse, sans passer par les centres pour requérants. Démentez-vous formellement ces chiffres?

– Oui. Ce n’est pas sérieux. Les autorités suisses n’ont pas constaté un tel afflux. Même si les gens restent clandestins et en situation illégale, vous remarqueriez leur présence dans les rues, surtout si un chiffre aussi important est évoqué! C’est absurde.