Valais

Nant de Drance, emblème d’une hydraulique qui croit en son avenir

Le méga-projet de pompage-turbinage fête la fin du percement de sa caverne des machines. Il reste encore quatre ans de travaux avant la mise en service

Démarrage prévu en 2018

Si le géant Nant de Drance poursuit son avancée, c’est sans doute parce qu’il a été commencé en 2008, pendant les belles années de l’hydraulique. «Même si la situation est aujourd’hui difficile sur le marché de l’électricité, notre objectif actuel est de terminer les travaux», note Paul Michellod, directeur des Forces motrices valaisannes (FMV), entreprise actionnaire de Nant de Drance à 10%.

Alors que la plupart des grands projets suisses sont suspendus en attendant que les prix de l’électricité remontent, Nant de Drance fêtait lundi la fin du percement de sa caverne des machines. Après vingt minutes de route à 600 mètres de profondeur dans la montagne, les bus arrivent dans une immense halle de 194 mètres de long et de 52 mètres de haut, l’équivalent du Palais fédéral dont la photographie était projetée sur les parois de la caverne.

C’est là que seront installées les six pompes-turbines qui hisseront l’eau depuis le lac d’Emosson vers le Vieux-Emosson avant de la précipiter dans un puits vertical de 425 mètres pour la turbiner. Pomper quand il y a trop d’énergie sur le marché et que les prix sont bas, turbiner quand l’Europe a besoin d’énergie et que les prix sont élevés. C’était le projet économique des actionnaires de Nant de Drance avant que le marché de l’électricité ne soit complètement bouleversé et que les prix ne chutent plus bas que les coûts de production de l’énergie hydraulique.

«Il est très difficile aujourd’hui d’évaluer la rentabilité de Nant de Drance parce que les machines ne seront pas en fonction avant 2018», explique Michael Wider, président du conseil d’administration de Nant de Drance et représentant d’Alpiq, actionnaire majoritaire de l’ouvrage avec 34% de participation. «Mais les projections que nous faisons montrent que la situation sera difficile», reconnaît-il. «Nous avons besoin du contexte européen pour rentabiliser cet aménagement parce que le marché suisse n’y suffira pas», poursuit-il.

Un accord bilatéral indispensable

Creuser la montagne pendant neuf ans, investir 1,9 milliard de francs pour y installer une puissance de 900 mégawatts et une capacité de production annuelle de 2,5 milliards de KWh, cela n’a de sens que si l’électricité produite a une valeur sur le marché européen. «Les flux sur le réseau électrique sont différents d’il y a dix ans, alors que nous vendons des produits qui n’ont pas changé», explique Michael Wider. «Pour l’instant, nous ne trouvons pas de modèle économique pour répondre à ces questions. Nous avons absolument besoin d’un accord bilatéral avec l’Europe, quelle que soit sa forme, pour que l’énergie produite ici pour compenser les fluctuations du réseau européen soit payée au juste prix», dit-il. «Si Doris Leuthard estime qu’elle peut résoudre cette question en trois ans, la situation sera meilleure en 2018, pour le démarrage de Nant de Drance», estime Paul Michellod, plus optimiste. Restent quatre ans de travaux pendant lesquels quelque 400 ouvriers perceront un second puits, surélèveront le barrage du Vieux-Emosson, installeront les conduites et les machines.

En 2012, Alpiq a décidé de vendre 15% de ses actions Nant de Drance. Mais ses partenaires, les CFF (36%) et les FMV (10%), n’ont pas souhaité augmenter leur capital dans le projet. «Il fallait limiter nos risques», dit Jean-Michel Cina, ministre valaisan de l’Energie. «10% des investissements, cela représente déjà la totalité d’un chiffre d’affaires annuel pour les FMV», souligne Paul Michellod. C’est finalement Industrielle Werke Basel (IWB) qui a repris les actions d’Alpiq. «C’est un excellent partage des risques entre un canton de montagne, un canton de Suisse alémanique et des sociétés électriques», affirme Jean-Michel Cina. «A ce moment-là, le marché se portait bien et ce n’était pas difficile de trouver des investisseurs», se souvient Michael Wider, en assurant que, pour la suite du projet, Alpiq entend rester actionnaire majoritaire de l’ouvrage.

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