Bosnie

Naser Oric, de Champ-Dollon à la liberté à Sarajevo

La Suisse avait refusé d’extrader en Serbie l’ancien commandant bosniaque de Srebrenica. Pour autant qu’il soit jugé en Bosnie

C’était le seul moyen trouvé par Berne pour se retirer cette grosse épine du pied. Réclamé par Belgrade, l’ancien commandant bosniaque Naser Oric avait été arrêté à la douane suisse il y a deux ans, puis incarcéré pendant deux semaines dans la prison genevoise de Champ-Dollon, dans l’attente d’une possible extradition en Serbie.

Alors que cette arrestation avait rapidement pris des allures d’affaire d’Etat, la Suisse avait finalement accepté de renvoyer Oric en Bosnie, à la condition qu’il passe devant un tribunal bosnien. C’est désormais chose faite: lundi à Sarajevo, l’ancien commandant a néanmoins été acquitté par la Cour d’Etat de Bosnie, où il était jugé pour crimes de guerre commis lorsqu’il dirigeait la défense de l’enclave musulmane de Srebrenica.

Honni en Serbie

Considéré comme un héros en Bosnie pour son rôle joué durant les guerres en ex-Yougoslavie, Naser Oric est un personnage honni par une partie de la population de Serbie et par les Serbes de Bosnie. Celui qui fut auparavant le garde du corps du président yougoslave Slobodan Milosevic n’était alors qu’un jeune homme lorsqu’il prit la tête des défenseurs de Srebrenica, une «zone protégée» par les Nations unies où les forces serbes entreprirent ensuite l’exécution systématique de 8000 personnes, lors d’un massacre qualifié de génocide par l’ONU.

L’acquittement d’Oric a suscité la colère à Belgrade lundi. «Les vies des Serbes n’ont pas la même valeur que celles des autres, s’emportait le président de Serbie Aleksandar Vucic. Pour obtenir justice, nous devrons combattre par nous-mêmes, et nous devons être prêts à être les seuls accusés.»

Mandat d’arrêt international

L’ancien commandant bosniaque avait déjà été acquitté en appel, en 2008, par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY). Nasir Oric, avaient estimé en substance les juges de La Haye, «n’opérait pas dans le cadre d’une armée dûment organisée» et rien ne permettait de prouver qu’une chaîne de commandement claire conduisait jusqu’à lui. Cela n’avait pas empêché Belgrade de lancer par la suite un mandat d’arrêt international contre Nasir Oric, qui amena les douaniers suisses à l’arrêter à la frontière.

A l’époque, des personnes étroitement impliquées dans le dossier avaient cependant expliqué au Temps que ce mandat d’arrêt international avait surtout une signification politique interne, les autorités de Belgrade se montrant en réalité peu empressées de voir ce héros bosniaque arriver dans une prison serbe.

Un procès sous haute tension

A Sarajevo, aux côtés d’un ancien soldat de l’armée bosniaque, Nasir Oric devait répondre du meurtre de trois prisonniers de guerre serbes, dans trois villages des environs de Srebrenica, en 1992. Le juge a cependant estimé que le témoin sur lequel se fondait l’essentiel de l’accusation a constamment changé sa version des faits et multiplié les contradictions. Un signe du caractère enflammé de ce procès: la justice de Sarajevo s’était vue forcée d’exiger «la fin des pressions» de tout ordre qui s’abattaient sur elle et cherchaient «à affaiblir et à politiser le travail des juges».

Un rappel à l’ordre qui visait les partisans du commandant bosniaque, mais aussi ses anciens ennemis. S’affichant furieux à l’issue du procès, Milorad Dodik, le président de la Republika Srpska, a ainsi agité une nouvelle fois la menace d’un référendum sur l’indépendance de l’entité des Serbes de Bosnie.

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