Après deux jours de débats et quelque 250 amendements déposés, le Grand Conseil genevois a accepté le budget 2020 du canton. Le déficit final voté par la majorité de droite alliée au MCG s’élève à 584 millions de francs, contre 590 dans la version du Conseil d’Etat. Les 412 postes supplémentaires initialement prévus ont été biffés et l’annuité réintroduite pour une valeur de 54 millions de francs. Nathalie Fontanet, ministre des Finances, analyse les conséquences de ces choix pour l’avenir du canton.

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Le Temps: A l’issue du vote, aucun parti ne semble satisfait. Ce budget, c’était mission impossible?
Nathalie Fontanet: Nous étions effectivement face à un budget difficile, de transition, qui devait tenir compte de trois réformes coûteuses adoptées par la population, la réforme de la fiscalité des entreprises et la recapitalisation de la Caisse de pension des fonctionnaires (CPEG) notamment. Si le projet présenté était trop déficitaire pour la droite, il était insuffisant pour la gauche, qui réclamait encore plus de postes que les 412 prévus initialement. Le Conseil d’Etat doit prendre acte qu’il n’a pas su convaincre. Je tiens néanmoins à affirmer que le canton n’est pas à la dérive. Nous maîtrisons la situation, l’intégralité du déficit actuel est explicable, il n’y a pas d’effet de surprise.

Certains députés pointent un manque de confiance, cela vous a-t-il compliqué la tâche?
Il règne effectivement une certaine méfiance du Grand Conseil vis-à-vis du Conseil d’Etat. Je le regrette. Même si nos responsabilités et nos rôles divergent, dans le sens où le gouvernement travaille avant tout par consensus et le parlement par majorité politique, nous devons œuvrer conjointement pour le bien du canton.

La Commission des finances vous avait reproché une fuite en avant. Au final c’est sa version que le Grand Conseil a acceptée. Est-ce un désaveu?
C’est la compétence du parlement de se prononcer sur le budget. En choisissant de supprimer les postes supplémentaires et de réintroduire l’annuité, le Grand Conseil a économisé 5 millions de francs, soit moins de 1% du déficit budgeté. Mais contrairement à ce qu’on peut croire, l’annuité n’a pas un coût unique, elle va avoir des effets sur les années suivantes. La masse salariale augmentant, les annuités suivantes seront calculées sur une base plus haute.

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Le choix du parlement profite par ailleurs aux fonctionnaires au détriment de la population…
La majorité du Grand Conseil s’est effectivement comportée comme un patron d’entreprise en privilégiant ses collaborateurs. En tenant compte de la recapitalisation de la CPEG et du versement rétroactif de l’annuité 2016, le Conseil d’Etat estimait que la fonction publique pouvait consentir aux efforts d’économie qui s’imposent. Malheureusement, nous n’avons pas été écoutés. Nous devrons revenir à la charge pour répondre aux besoins de la population.

Lesquels sont les plus urgents?
Un réel travail de priorisation est nécessaire afin de savoir pour quels postes nous allons demander des crédits supplémentaires à la Commission des finances. Certains services comme celui de la protection de l’adulte ou du traitement des subsides d’assurance maladie seront certainement concernés. Nous devrons également rechercher les postes vacants dans les différents départements: dans certains cas, les collaborateurs sont en cours d’engagement, dans d’autres les postes sont comptabilisés mais nous ne disposons pas des francs pour les financer.

Quand viendront les réformes structurelles tant attendues par la droite?
Ces réformes prennent du temps. Avec plus de 18 000 collaborateurs, l’Etat ne se gouverne pas comme une PME. Nous devons tenir compte des décisions populaires. Ces dernières années, nous avons connu une augmentation des prestations et une baisse de revenus, par exemple avec les déductions liées aux frais de garde. Il y a néanmoins une marge de manœuvre en matière d’efficience. Je vais recevoir prochainement une étude comparative qui présente la situation financière des différents cantons romands. Cela nous permettra d’identifier des pistes d’économies. Nous sommes également en train de revoir notre politique des ressources humaines afin d’augmenter la responsabilisation et la qualité de vie au travail. Cela aura un effet sur l’absentéisme.

Quid de la recherche de recettes supplémentaires?
Un travail est en cours pour transférer certaines compétences et charges aux communes, par exemple en matière de vieillissement de la population ou de prise en charge sociale. Dans le même temps, la réforme fiscale immobilière est sur le point d’aboutir. Elle devrait être présentée au premier trimestre 2020.

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Genève est le canton le plus endetté de Suisse, peut-on continuer ainsi?
Non. A la fin de l’année, la dette atteindra 12 milliards de francs. Le premier seuil du frein à l’endettement est fixé à 13,3 milliards. On s’en rapproche dangereusement. Il est hors de question de léguer cette situation aux générations futures. L’an prochain, Genève ne pourra pas avoir un budget aussi déficitaire que celui-ci. L’Etat va devoir réduire son train de vie tout en assurant les prestations à la population.