Quarante-cinq longues minutes. Dans le bureau du conseiller d’Etat PLR Pierre Maudet, Nathalie Fontanet est pensive, intérieure, tendue. «Je pense à la responsabilité qui sera la mienne si je suis élue, vis-à-vis de tous les Genevois. A ce changement de vie aussi. Je ne suis pas une optimiste de nature pour ce genre de choses. Rien n’est fait, je préfère me dire que peut-être ça ne passera pas.» La télévision déroule son programme, la tête est ailleurs. Plus que trois minutes avant l’annonce des résultats. Pour détendre l’atmosphère, Pierre Maudet, élu au premier tour, plaisante: «Savoure ce moment, Nathalie!» L’intéressée réagit au commentaire du tac au tac: «C’est tellement masculin! Merci, Pierre, de ton empathie!»

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Et soudain les résultats, dans le silence électrique: Nathalie Fontanet, 53 ans, est élue quatrième, avec près de 43 500 voix (projections), devant les deux socialistes Anne Emery-Torracinta et Thierry Apothéloz, nouveau venu. «Yes!» clame l’assemblée. «Champagne!» enchaîne Pierre Maudet. Sourires émus, embrassades, soulagement. Dans la sobriété conservée.

Le Temps: Nathalie Fontanet, votre premier sentiment?

Nathalie Fontanet: Je suis très heureuse. Mais profondément déçue pour Luc Barthassat. Il n’a pas démérité, il a fait un joli mandat et une magnifique campagne. Je suis désolée pour lui, car on s’attache aux gens, lorsqu’on les côtoie autant. C’est quelqu’un qui était préoccupé de l’intérêt des autres et non du sien. Voir qu’il n’est pas réélu, c’est une ombre.

La perte d’un siège pour l’Entente va aussi vous compliquer la tâche!

Sans majorité au Conseil d’Etat, il faudra trouver une autre façon de gouverner. Cela va nous permettre de rechercher des consensus. J’aime trouver des accords, convaincre. Je m’y suis employée au Grand Conseil. Je m’emploierai à contribuer à faire de ce gouvernement un gouvernement uni. Je suis confiante.

Avez-vous bénéficié de l’effet femme?

Oui, sans aucun doute. Anne Emery-Torracinta était la seule femme du gouvernement, ce qui, pour beaucoup de Genevoises, est totalement insuffisant. Mais ce n’est pas le seul critère qui a permis mon élection évidemment, sinon Jocelyne Haller, d’Ensemble à gauche, aurait aussi été élue [elle arrive en huitième position, ndlr].

Quels seront vos objectifs prioritaires en tant que ministre?

Genève va au-devant de plusieurs défis majeurs. Outre PF17, la question de l’emploi est cruciale. Pour cela, il nous faudra un gouvernement de cohésion, qui aille chercher des majorités. Je souhaite aussi une manière de travailler plus transversale.

Qui rêvez-vous d’appeler en ce moment, au lieu de répondre aux questions du «Temps»?

Mes filles, mes filles! (La nouvelle élue attrape son téléphone. Quelques instants plus tard, ses trois filles entrent dans le bureau de Pierre Maudet, sautent au cou de leur mère, radieuses, expansives. «Tu vas pleurer, maman!» «Non, répond Nathalie Fontanet au cœur de la joyeuse grappe. Non, je ne pleurerai pas!» Déjà, comme une réponse de ministre.)