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Nathalie Fontanet, avec 31 504 voix, est arrivée septième au premier tour de l'élection au Conseil d'Etat genevois.
© ©Mark Henley / Panos Pictures. All rights reserved.

interview

Nathalie Fontanet: «On ne me dicte ni mes combats ni mes votes»

Le 6 mai, les Genevois élisent un nouveau Conseil d’Etat. Une femme est bien placée pour y accéder et doubler la représentation féminine au sein du gouvernement. Candidate PLR, Nathalie Fontanet a une quinzaine d’années d’engagement politique derrière elle. Pourtant, elle reste méconnue des électeurs. Rencontre avec une femme acharnée

Cinquante-trois ans, trois filles, un divorce, dix ans de députation, six ans en ville de Genève. Le portrait en chiffres de Nathalie Fontanet s’égraine aisément. Mais que dit-il de la candidate PLR qui se trouve aux portes du Conseil d’Etat, après un premier tour qui l’a placée en septième position? Malgré plus de quinze ans d’engagement en politique, bien des électeurs en sont restés au cliché d’une blonde BCBG, sac Hermès et grande écharpe. Elle-même en rit d’ailleurs. La réalité est évidemment plus complexe et la discussion révèle une acharnée. «Une femme de dossiers», disent plusieurs députés qui ont siégé avec elle. L’expression lui convient-elle? «Je n’aime pas intervenir sur un sujet que je ne connais pas, répond-elle. Donc, oui, je travaille beaucoup mes dossiers avant de prendre la parole.»

Alors que Le Temps a lancé en début de semaine un mois consacré à la cause de l’égalité hommes-femmes, entretien avec la seule politicienne en position de rendre le Conseil d’Etat genevois plus féminin qu’il ne l’est aujourd’hui.

Le Temps: On sait peu de chose de vous avant le début de votre carrière politique. Quelle enfance avez-vous eue?

C’était une enfance heureuse. Mon père travaillait énormément, ma mère s’occupait de moi et de ma sœur. Mais j’ai ressenti le manque d’une grosse cellule familiale. Si bien que j’ai eu envie de construire une famille, et mon but a vite été d’avoir beaucoup d’enfants. Je voyais cela comme source d’une grande stabilité. J’ai rencontré mon mari à 19 ans, nous nous sommes fiancés neuf mois plus tard. Et deux mois après, j’étais enceinte. J’ai passé ma maturité enceinte. Nous nous sommes mariés le lendemain de son obtention. Quelques mois plus tôt, je m’étais inscrite à l’Université. Je n’ai pas confirmé mon inscription, pour m’occuper de ma famille.

Vous avez suivi un modèle très traditionnel, l’indépendance n’était-elle pas une aspiration pour vous, dix-sept ans après Mai 68?

Je sais que cela a l’air fou aujourd’hui. Mais j’ai été élevée dans ce modèle. Je ne m’interrogeais pas vraiment. Mon père, PDG de différentes sociétés, subvenait à nos besoins et ma mère était le pilier de notre foyer. Par ailleurs, j’étais vue dans ma famille comme celle qui allait faire des enfants, alors que ma sœur cadette, passionnée d’art, a suivi son inspiration pour aller étudier à Paris.

Votre divorce a-t-il mis fin abruptement à cette vision du monde?

Oui, à 34 ans, après quatorze ans de vie consacrée au bonheur de mes filles et de mon mari, j’ai dû remettre ma vie en question. Evidemment, les ruptures n’interviennent pas du jour au lendemain. Il y a eu des mois de doutes sur mon couple. Je ne voulais pas être celle qui quitte un mari qui avait beaucoup travaillé pour sa femme et ses enfants. L’homme est là pour s’occuper de sa famille: le modèle était fortement ancré dans ma famille, dans ma belle-famille également (ndlr: Guy Fontanet, son beau-père d’alors, ancien conseiller d’Etat, a été une figure du PDC). Me retrouver seule, sans formation, sans métier et avec mes trois filles n’a pas été facile. Après mon divorce, la contribution d’entretien versée par mon ex-mari m’a permis de faire de vrais choix. J’ai décidé d’entreprendre des études à l’Université. J’ai dû m’y prendre à plusieurs fois pour m’inscrire. A la première, je n’ai pas osé descendre de ma voiture. Pour la première fois de ma vie, je devais envisager de vivre grâce à ce que je faisais. La confiance s’est réellement installée avec les résultats des examens de première année. J’avais d’abord choisi d’étudier la psychologie, pour bifurquer vers le droit, où les perspectives d’emploi me semblaient plus sûres.

Adolescente, vous étiez plutôt obéissante comme dans un film avec Catherine Deneuve, ou rebelle comme Isabelle Adjani?

Au Cycle de la Florence, j’étais très amie avec des gens différents, de tous les milieux. Je m’exprimais volontiers en classe, pour prendre fait et cause pour les uns et les autres. J’avais un boguet et des pantalons bouffants que mes parents me priaient d’enlever selon les activités que nous avions en famille. Je sortais des sentiers battus, mais pas trop non plus.

En vous retournant sur ce parcours, qu’est-ce qui vous rend le plus fière?

La réussite de mes filles. Avoir pu devenir indépendante, me construire un avenir à 34 ans, alors que ma vie était réglée sur des schémas complètement différents. Pouvoir représenter un modèle pour d’autres femmes.

En découvrant votre parcours, on attendrait de votre action politique qu’elle consiste à renforcer l’aide sociale notamment pour les familles monoparentales, et non à l’affaiblir, non?

Je ne veux pas couper dans l’aide sociale. Ces situations me touchent énormément. Je sais ce que c’est d’élever seule trois enfants. Evidemment que l’Etat est là pour aider ces personnes. C’est au cœur de son rôle. Je pense cependant qu’il faut trouver des moyens pour les en sortir. Les aides devraient servir de transition vers une situation où l’on n’en a plus besoin.

Pourquoi le PLR veut-il couper dans ces aides?

Il n’est pas question de le faire. Par contre, il faut travailler sur les seuils et les incitatifs. Ce que je souhaite, c’est que lorsqu’un membre d’une famille qui perçoit l’aide sociale trouve un travail à 50%, par exemple, on ne soit pas obligé de supprimer l’intégralité de cette aide. Il faut revoir le système afin qu’il accompagne les gens, leur permettre d’évoluer vers l’indépendance. Et je ne pense pas que l’on ait fait l’examen complet du système actuel.

Au parlement de la ville de Genève comme du canton, vous avez été active sur la question de l’école. Qu’est-ce qui cloche dans l’école genevoise?

Il faut restaurer son autorité. Au prétexte de l’inclusion et de l’égalité des chances, on part aujourd’hui du principe que tout le monde a droit à tout. Or ce n’est ni aux élèves ni aux parents de déterminer ce que l’école doit exiger. Son rôle primordial est de transmettre des savoirs. J’ai rencontré beaucoup d’enseignants, venus me voir spontanément, et pas tous de mon bord politique. Leur préoccupation était d’expliquer la réalité des classes, au cycle comme au primaire. Ils font face à des problèmes de comportements qui détruisent des classes et empêchent l’acquisition des connaissances. Certains élèves particulièrement difficiles à gérer devraient être dirigés vers des classes spécialisées. On doit avoir le courage de signifier aux parents concernés que certains comportements ne peuvent pas être tolérés dans le cursus ordinaire. Aujourd’hui, trop de classes difficiles ne peuvent pas avancer, et les enseignants n’ont pas toujours l’appui de leur direction ou du Département de l’instruction publique.

Que feriez-vous pour changer cette situation?

Au cycle, il faut revoir le fonctionnement du système de passerelles, qui n’est pas satisfaisant. Un élève doit avoir un réel espoir que s’il travaille, il pourra bénéficier d’une bonne formation qui lui plaise. Dans le regroupement 1 (ndlr: les élèves les plus faibles), il faut développer l’approche métiers plutôt que se focaliser sur un enseignement traditionnel qui n’est pas adapté à ces élèves. Plus généralement, la numérisation de notre société implique que 60% des métiers de demain n’existent pas encore. La formation doit être rattachée à l’économie. Il faut développer les filières de formation professionnelle en lien avec les entreprises. Elles connaissent leurs futurs besoins. Sinon, on va laisser des gens au bord du chemin de cette 4e révolution industrielle.

Sur la santé, le PLR veut intégrer les cliniques privées. Zurich l’a fait et ses coûts ont augmenté. Voulez-vous soutenir les privés sur le dos des assurés?

Il ne s’agit pas de libéraliser l’ensemble du marché, mais de revoir le fonctionnement actuel qui ne laisse aucune compétence échapper aux Hôpitaux universitaires genevois (HUG). Certaines opérations sont moins chères dans les cliniques, eu égard au fait que leurs structures sont plus petites, qu’elles ne sont pas ouvertes 24 heures sur 24 et aux salaires, dans une moindre mesure. Aujourd’hui, chacun veut tout, Genève compte 400 scanners à IRM. C’est la garantie d’une hausse continue des primes.

Ne faut-il pas commencer par éduquer le patient?

Il ne s’agit pas de culpabiliser le patient ou de vociférer contre les médecins, qui n’ont certainement pas choisi ce métier pour devenir riches. Une solution est par exemple de rendre plus performant le dossier intégré du patient et l’inciter à y adhérer. Beaucoup craignent pour la protection des données, mais il ne faut pas se mentir: les assureurs ont déjà accès à tout.

La directrice de l’assurance maladie CSS propose d’augmenter la franchise jusqu’à 10 000 francs. Une solution?

Non. Seuls 10% de la population pourraient se la payer et cette proposition pourrait impliquer une renonciation aux soins. Or c’est aux 90% restant des assurés qu’on doit proposer des solutions pour faire baisser les primes en agissant sur les causes de leur hausse: l’augmentation des coûts de la santé.

Le PLR veut baisser les impôts des personnes physiques et l’impôt sur la fortune. Or la réforme de l’imposition des entreprises (PF17) coûtera passablement. Est-ce réaliste de mener les deux de front?

La vraie priorité sera PF17, 60 000 emplois sont en jeu. Si l’on n’agit pas, nos entreprises vont partir dans le canton de Vaud, qui a trouvé une majorité avec la gauche pour un taux à 13,79%. Et qu’on ne vienne pas nous dire que les infrastructures genevoises feront la différence devant un différentiel de dix points (ndlr: le taux genevois est à 24% aujourd’hui). D’autant que les décisions de délocalisation ne sont pas prises par les directeurs genevois des entreprises à statut, mais à l’international. Il est important de rappeler que PF17 implique une augmentation des impôts de ces entreprises à statut qui passeraient de 11,8% en moyenne aujourd’hui à 13,49% ce qui représente 438 millions de francs. Ce n’est donc pas un cadeau qu’on leur fait! Pour compenser les pertes liées sur les autres entreprises, des mesures d’accompagnement sont prévues. Elles permettront de financer des projets concrets. Tant la Fédération des entreprises romandes que la Chambre genevoise de commerce, d’industrie et des services de Genève sont prêtes à accepter un prélèvement de 0,22% sur la masse salariale plafonnée. Les partis, eux, devront accepter de voter des budgets déficitaires pendant une période déterminée.

Doit-on comprendre que les projets de loi sur des baisses d’impôts déposés par le PLR sont des gesticulations politiques?

Non, mais il faut d’abord réaliser PF17. La gauche n’a cessé d’attaquer au Grand Conseil en déposant plusieurs projets de loi, contre le bouclier fiscal notamment, le PLR se devait d’agir. Il faudra à terme supprimer ou au moins baisser l’impôt sur la fortune qui, à 1%, est le plus élevé de Suisse, afin d’éviter que les gros contribuables ne partent. La baisse de 5% linéaire sur les personnes physiques touchera tout le monde. Elle est importante pour la classe moyenne et pas seulement pour les 7% de la population qui assurent 50% des revenus fiscaux, et qu’on doit impérativement conserver à Genève pour maintenir les prestations à la population.

Vous insistez souvent sur la nécessité d’un Etat prestataire de services. Les économies ne sont pas une priorité?

Elles sont nécessaires car on a une crise des charges. Mais ma priorité est la prestation, qui ne doit pas être péjorée. Il ne s’agit pas de supprimer à tout va, mais de simplifier l’Etat, de le rendre plus efficient pour le bien des citoyens.

Le recentrage du Grand Conseil opéré par les électeurs vous rend-il confiante pour débloquer les dossiers?

Je suis d’un naturel optimiste. Mais avec 48 sièges, la droite n’a toujours pas de majorité. Je crains que le MCG même très affaibli ne soit à nouveau un parti pivot. Sa responsabilité en tant que parti gouvernemental sera grande.

Si vous êtes élue au Conseil d’Etat, parviendrez-vous à vous imposer face à votre collègue de parti Pierre Maudet?

Oui. Pierre Maudet est un leader, un meneur, un allié absolument idéal. Je pourrai compter sur son appui et il pourra compter sur le mien. Mais je ne suis pas une marionnette. On ne me dicte ni mes combats ni mes votes. Je suis une femme de décisions, j’en ai pris, et des cruciales, dans ma vie personnelle comme en politique. Mes convictions sont parfaitement en phase avec celles de Pierre Maudet, et si cela ne devait pas être le cas sur un point ou un autre, on arbitrera.

Porterez-vous des combats en faveur des femmes?

L’égalité salariale, sans aucun doute. Il n’y a absolument aucune raison pour qu’elle ne soit pas réalisée. Si je siégeais au Conseil des Etats, jamais je n’aurais refusé, comme l’a fait la droite, la transparence salariale imposée. C’est également la responsabilité des employeurs de s’assurer que cette égalité existe. Ce n’est pas à chaque femme d’attaquer judiciairement son employeur.

Avez-vous déjà demandé une augmentation de salaire?

Non, je n’en ai jamais réclamé. D’abord parce que j’estime que mon salaire est correct. Ensuite parce que, lorsque vous postulez à 40 ans sans avoir jamais travaillé, vous êtes infiniment reconnaissante d’être engagée. Par contre, j’en ai obtenu une il y a quelques années, à la suite de contrôles internes sur la question de l’égalité.


Profil

1965 Naissance en France voisine, arrivée à Genève six jours plus tard.

1985 Obtention d’une maturité moderne en juin, mariage, naissance de la première de ses trois filles en décembre.

1999 Suite à son divorce, entame des études universitaires qui la mèneront à un brevet d’avocate, en 2005.

2003 Elue conseillère municipale en ville de Genève.

2006 Devient employée au service juridique d’une banque. Elle est aujourd’hui directrice adjointe de ce service.

2007 Première campagne pour un exécutif, celui de la ville de Genève. Entre au Grand Conseil, où elle sera réélue en 2009 puis en 2013.

2017 Son parti la désigne candidate au Conseil d’Etat sur un ticket avec Pierre Maudet.


Questionnaire de Proust

Si vous pouviez changer quelque chose dans votre biographie, ce serait?

Rien. On se construit avec ses expériences et ses échecs. Ma vie me va très bien comme cela.

Le livre que vous lisez en ce moment?

La dernière gorgée de bière, d’Ariane Ferrier.

L’homme ou la femme politique que vous admirez le plus?

Simone Veil, pour sa trajectoire personnelle et son combat politique pour le droit à l’avortement notamment.

Votre héros de fiction préféré?

Robin des Bois.

En quoi excellez-vous?

Le contrôle. Mes filles me surnomment affectueusement «Fidel».

Que détestez-vous?

L’injustice.

Ce que vous appréciez le plus chez vos amis?

L’humour et les qualités de cœur.

Un endroit pour finir votre vie?

Genève, avec ce seul petit regret qu’est le manque de soleil et de chaleur.

Une musique pour danser?

«Je veux», de Zaz. Mais je suis une piètre danseuse, j’aime beaucoup cette chanson pour ses paroles.

La dernière fois que vous vous êtes énervée?

Sur le plateau de Léman Bleu, lors d’un débat avec les autres candidats au Conseil d’Etat. De façon générale je m’énerve peu.

Choucroute ou plat végan?

Choucroute!

Macron ou Sarkozy?

Cela dépend des périodes. Contre Ségolène Royal, j’étais évidemment pour Sarkozy. Aujourd’hui, j’espère que Macron sera la bonne réponse aux problèmes de la France. En politique, je ne crois pas aux retours providentiels.

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