Le Temps: Votre confinement s’achève ce samedi. Quel sera votre premier mouvement?

Nathalie Fontanet: Aller embrasser mes filles et mon petit-fils. Ce sont les contacts humains, charnels, qui manquent le plus, le fait de serrer ses enfants dans les bras. Je ne sais pas si je pourrai le faire avec mes parents, en revanche, qui ont plus de 80 ans.

Avez-vous eu peur de mourir?

Non, mais je dois avouer une certaine angoisse pendant les deux jours qui ont suivi le résultat. Ce que je prenais pour des petits maux – un léger mal de gorge, de tête, de poitrine –, que j’ignorais en les attribuant au stress, se sont amplifiés. J’ai craint d’être plus malade que je ne l’étais réellement et n’ai pas dormi la première nuit. En réalité, l’aggravation des symptômes provenait de l’anxiété.

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Qu’est-ce qui vous a aidée?

Le dialogue avec mes proches – l’une de mes filles est médecin – et le fait d’avoir reçu quantité de soutiens. Je veux remercier toutes ces personnes. C’est énorme, cela m’a fait un bien fou. Je vis seule et ces témoignages m’ont beaucoup aidée. J’espère que cette formidable humanité, cette solidarité qui se manifeste partout en dépit du caractère individualiste de notre société, perdurera.

Ce confinement vous a-t-il permis de prendre du recul sur l’action, de réfléchir, de lire?

Non, assez peu, car j’ai beaucoup travaillé. J’ai bien lu quelques articles sur les changements que cette crise induirait peut-être, sur ses conséquences à long terme. Mais mon moteur est resté le travail. J’ai organisé mes outils technologiques sur la table de la salle à manger, on a fait beaucoup de vidéoconférences avec mes équipes. Ce fut particulièrement intense le week-end dernier, quand nous avons mis en place les mesures d’assouplissement fiscal. Il a fallu considérer toutes les attentes transmises par les associations professionnelles, puis examiner toutes les voies pour opérer ce changement, et enfin mesurer les conséquences financières. La volonté politique était là, mais il fallait la faire converger avec les contraintes opérationnelles et informatiques. J’ai aussi dû tempérer mon enthousiasme face à certaines impossibilités.

Car tout cela va coûter très cher. Genève en a-t-il les moyens?

La direction générale des finances de l’Etat garde un œil rivé sur le niveau de liquidités et m’en informe en continu. En début de semaine par exemple, on a trouvé un nouveau financement de 300 millions de francs à de bonnes conditions. On surveille aussi nos lignes de crédit. Je dois m’assurer que l’Etat pourra continuer à fournir les prestations à la population et à payer les salaires.

En regard de ces sommes, l’excédent de 188 millions de francs dans les comptes 2019 paraît dérisoire!

C’est toujours une bonne nouvelle pour un canton très endetté comme le nôtre, mais la situation va rester très tendue malgré cela.

Ne l’aurait-elle pas été moins si le Conseil d’Etat avait mis en œuvre des mesures d’économies structurelles, comme votre parti le réclame depuis longtemps?

Même si nous sommes au début de la crise, nous ne devons pas oublier que gouverner, c’est prévoir. On ne pourra pas s’épargner une réflexion sur l’efficience de l’Etat. Il ne s’agit pas de venir aujourd’hui avec un plan de mesures structurelles, la priorité étant de ne laisser personne au bord du chemin. Mais lorsqu’il s’agira du projet de budget 2021, oui.

Dérisoires, elles aussi, les indemnités décidées par le Conseil fédéral pour les entrepreneurs, de 3320 francs par mois?

Clairement. Si les entrepreneurs ne parviennent pas à passer la crise, l’économie ne pourra pas redémarrer. Et derrière l’économie, il y a des personnes. Le Conseil d’Etat est actif et remonte ces préoccupations à Berne.

Votre département parvient-il à fonctionner en télétravail?

Oui, et c’est parfois acrobatique. Jeudi par exemple, l’économètre devait réaliser des simulations sur les rentrées fiscales, ce qui l’a obligé à retourner au bureau. C’est une période chargée aussi pour l’Office du personnel de l’Etat, qui gère les absences, les salaires, les questions administratives. Il se charge aussi de trouver des volontaires parmi les employés inoccupés faute de pouvoir télétravailler, afin de soulager les services qui délivrent les prestations prioritaires de l’Etat. Enfin, le Bureau de promotion de l’égalité et de prévention des violences est sur le qui-vive. Je suis inquiète car le confinement est susceptible d’accroître les violences domestiques. J’aimerais rappeler le rôle de chacun, des voisins, des tiers, qui doivent appeler le 117 s’ils sont témoins de violences domestiques ou le 0840 110 110 s’ils ont des doutes. La solidarité, c’est aussi d’être attentif aux autres.

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