A priori, c’est la droite qui a perdu jeudi au Conseil national. En commission, les élus UDC et PLR avaient fait le forcing: aux 450 millions de francs devant permettre de prolonger la durée de vie des F/A-18 jusqu’en 2030, ils avaient ajouté une enveloppe de 20 millions pour les doter de la capacité de bombarder.

Lire aussi: L’armée fait sa liste d’emplettes

Des petits garçons ont envie de s’amuser avec des avions de combat. Pas besoin de dépenser 20 millions de francs pour cela

Depuis 1994 et la mise au rebut des Hunter, les appareils des forces aériennes suisses ne sont en effet plus équipés pour mener des attaques au sol. Le débat se rouvre dans le contexte de l’achat de nouveaux avions qui devrait intervenir à partir de 2022. Il faut préparer les pilotes à utiliser cette technologie dès maintenant, selon le conseiller national Thomas Hurter (UDC/SH). «L’objectif est de pouvoir intervenir de manière ciblée en cas d’urgence ou pour soutenir des combats au sol. Or l’acquisition de connaissances dans ce but nécessite cinq à sept ans.»

Par 97 voix contre 85, le Conseil national a refusé la rallonge plébiscitée en commission, sans toutefois préjuger de la capacité des nouveaux avions à bombarder. La volonté de ne pas gaspiller 20 millions pour moderniser «de vieux coucous» l’a emporté. «Des petits garçons ont envie de s’amuser avec des avions de combat. Pas besoin de dépenser 20 millions de francs pour cela», a claqué Rosmarie Quadranti (PBD/ZH).

Le front de gauche fissuré

Pour le reste, on aura surtout vu la confirmation que le front de gauche, uni contre le Gripen en 2014, a bel et bien volé en éclats. Parti socialiste et Verts avaient fait campagne ensemble en 2014 contre un type d’avions. Aujourd’hui, c’est différent. Ils doivent prendre position sur le futur de la défense aérienne. L’enjeu a plané jeudi sur l’ensemble des débats sur le message sur l’armée 2017.

Sur le fond, les deux partis posent toujours le même diagnostic quant aux menaces qui pèsent sur la Suisse. Elles sont d’abord de natures cybernétique et terroriste, selon le conseiller national Carlo Sommaruga (PS/GE), citant le dernier rapport sur la sécurité du Conseil fédéral: «Il est peu probable que la Suisse soit directement menacée par une attaque armée, que ce soit au sens traditionnel du terme ou sous une forme non conventionnelle, au cours des années à venir.»

12 ou 30 avions?

Mais partant de ce constat, les Verts et une frange socialiste veulent limiter le nombre d’avions de combat au maximum: 12 appareils suffisent pour assurer la police du ciel, affirment-ils. Irréaliste, critique une autre aile du Parti socialiste. Parmi laquelle le conseiller national Pierre-Alain Fridez (PS/JU): «Entre 20 et 30 avions représentent un minimum pour la police aérienne pour des questions de formation et de maintenance. Prenez l’Allemagne: pour assurer la police aérienne au quotidien, ils n’ont besoin que de quatre avions. Mais ils ont en réalité deux escadrilles de 17 appareils affectées à cette tâche.»

Quelle vision l’emporte au PS? La conseillère nationale Chantal Galladé (PS/ZH) tente un pronostic: «Pour le nombre d’avions de combat, notre religion n’est pas faite. Mais une majorité du groupe socialiste est favorable à la capacité de police aérienne et une minorité également à une défense aérienne contre des menaces asymétriques», autrement dit contre une attaque traditionnelle.

Un vote de principe ou de détail?

Les dissensions à gauche se révèlent plus importantes encore sur les modalités d’un vote sur un nouvel avion. Jeudi, Chantal Galladé a fini par retirer une proposition individuelle qui invitait le Conseil national à soumettre l’achat de futurs jets de combat à un arrêté de principe. «Une bonne solution d’un point de vue institutionnel et politique», selon la Zurichoise et certains camarades.

L’idée d’un vote de principe – qui serait sans doute plus favorable à l’achat d’un avion de combat qu’un vote sur un fonds spécial lié à un appareil précis comme ce fut le cas pour le Gripen – fait hurler les Verts. «La population a le droit de voter sur un cas concret. Sinon, ce sera un déni de démocratie», a fustigé Balthasar Glättli (Verts/ZH). En sous-main, le Groupe pour une Suisse sans armée (GSsA) appelait sur les réseaux sociaux à couler l’idée socialiste.

Ambiance. «Sur le fond, à gauche, nous sommes presque d’accord sur tout. Mais des états d’âme se manifestent sur certains points», veut relativiser Pierre-Alain Fridez. La victorieuse alliance de 2014 sur le Gripen – PS, Verts rejoints par les Vert’libéraux et certains PDC – ne s’est finalement reconstituée jeudi que pour contester la dépense de 225 millions de francs pour un réapprovisionnement extraordinaire du stock de munitions. Sans trouver de majorité.