C’est très mal parti pour le prix de référence des génériques. Le Conseil national a enterré cette réforme, lui préférant un contre-projet moins ambitieux sur le plan des économies, mais prometteur d’une sensible hausse de la pénétration sur le marché de ces médicaments dont le brevet est échu. Les fabricants suisses de l’association Intergenerika sortent vainqueurs du débat, même s’ils ont dû avaler la couleuvre des importations parallèles prônée par Philippe Nantermod (PLR/VS).

Sur un point, tout le monde est d’accord: il faut juguler la croissance des coûts de la santé en commençant par supprimer les mauvais incitatifs du système. En Suisse, les génériques ne sont pas populaires: non seulement ils ne représentent que 23% de l’ensemble des médicaments, dont le marché pèse désormais plus de 7 milliards de francs, mais ils sont aussi deux fois plus chers que dans les pays de référence en Europe. Cela est dû notamment au fait que les pharmaciens reçoivent une marge en fonction du prix du médicament et qu’ils n’ont pas intérêt à promouvoir le générique bien moins cher que l’original.

Mauvais incitatif supprimé

Plus que jamais, le débat a cristallisé une intense bataille des lobbies. En Commission de la santé, Thomas de Courten (UDC/BL), président de l’association Intergenerika, a forgé une alliance entre l’UDC, le PLR, les vert’libéraux et les Verts. Il corrige le faux incitatif susmentionné par une nouvelle convention élaborée entre PharmaSuisse, la faîtière des pharmaciens, et l’association des caisses Curafutura. Il propose aussi d’accentuer l’écart entre l’original et le générique de 5% et de renégocier les prix plus souvent qu’actuellement. Les économies sont estimées à 270 millions de francs.

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Les détracteurs du projet du Conseil fédéral craignent que celui-ci ne crée un monopole du générique le meilleur marché en faisant disparaître tous ses concurrents. Les malades chroniques habitués à leur médicament devraient ainsi en changer et payer la différence de prix. C’est la raison pour laquelle la Verte vaudoise Léonore Porchet s’est ralliée à ce contre-projet. «Nous ne voulons pas d’une médecine à deux vitesses diminuant la qualité des soins pour certains patients», a-t-elle souligné.

La défaite d’Alain Berset

Cette réforme n’a cependant plus rien à voir avec le projet du Conseil fédéral. De son côté, Lorenz Hess (PBD/BE), président de la caisse Visana, a présenté une «version light» qui permet de sauver le prix de référence. Mais il exclut de son modèle les «biosimilaires» – ces médicaments ressemblant aux originaux dont l’efficacité thérapeutique est comparable –, un marché estimé à 100 millions.

Ses détracteurs l’accusent ainsi de faire le jeu de la grande industrie pharmaceutique qui fabrique les originaux. En coulisses, leur association Interpharma et la faîtière des caisses Santésuisse ont fait savoir qu’ils soutenaient cette variante «light», dont Lorenz Hess chiffre les économies entre 350 et 420 millions. Les socialistes, qu’on ne peut guère soupçonner d’être des amis de la «Big Pharma», ont soutenu ce modèle, tout comme une partie du Groupe du centre.

Lâché par tous les partis, le ministre de la Santé Alain Berset a joué son va-tout. «Les génériques sont en moyenne deux fois plus chers que dans les pays de référence, parfois jusqu’à 10 à 15 fois plus chers. C’est inacceptable», a-t-il tonné. «Arrêtez vos manœuvres dilatoires pour contourner le problème et soutenez au moins la proposition de Lorenz Hess», a-t-il ajouté. Il a perdu.