«Ce débat est une aberration. Je ne peux pas écouter ces inepties.» La conseillère nationale Chiara Simoneschi (PDC/TI) fulminait mercredi dans la salle des pas perdus, pendant que ses collègues débattaient du crédit d'encouragement à la création de places d'accueil pour enfants.

Quelques envolées et trois tours de bras d'énervement plus tard, la démocrate-chrétienne regagnait pourtant l'arène pour finir de convaincre le National de maintenir le budget à 200 millions de francs pour quatre ans, alors que le Conseil fédéral voulait le faire fondre à 60 millions. Mission accomplie pour la gauche, le PDC et une partie des radicaux. Ils ont obtenu gain de cause, mais à sept voix près. Le Conseil des Etats aura encore son mot à dire.

Alors qu'il s'agissait simplement de statuer sur le montant de l'aide fédérale à la création de places d'accueil, l'UDC a relancé le débat du rôle de l'Etat dans la prise en charge des enfants. «Ce n'est pas à la Confédération de subventionner les crèches, mais aux particuliers et aux employés», a déclaré Marcel Scherer (UDC/ZG). Le grand parti de droite a tenté sans succès de réduire à une peau de chagrin le crédit que le Conseil fédéral s'était engagé à allouer à la création de places d'accueil. Il aurait ainsi bien vu la manne confédérale passer de 200 millions à 30 millions pour les quatre prochaines années. Soit la moitié de ce que le collège préconisait. Les radicaux ont tenté de couper la poire en deux en proposant un crédit de 120 millions. Mais le reste de l'hémicycle ne s'en est pas laissé compter, quand bien même les 200 millions de francs prévus pour la période 2003 à 2007 n'ont pas trouvé preneur dans leur totalité.

Selon les calculs de l'Office fédéral des assurances sociales (OFAS) seuls 107 millions au maximum seront utilisés d'ici au début de l'an prochain (LT 29.05.06). Un argument dont le Conseil fédéral a usé pour justifier la coupe. «La réalité a montré que tous ces moyens n'avaient pas été utilisés. En diminuant ce crédit à 60 millions nous restons donc dans cette réalité tout en tenant compte de la situation financière de la Confédération», a fait savoir Pascal Couchepin. «Ce programme d'impulsion est provisoire et ne dure que huit ans. Mieux vaut attribuer un budget moindre pour les quatre dernières années pour que la fin de l'aide fédérale soit moins abrupte», a continué le conseiller fédéral. Le ministre a également laissé entendre que si les demandes n'arrivaient pas à Berne, c'est parce que les cantons ne voulaient pas de cette aide. «Car ce sont eux qui devront continuer à prendre en charge les coûts, une fois les structures mises en place», a-t-il déclaré pour dissuader l'assemblée de s'élever contre l'opération de rabotage.

Les défenseurs des familles sont malgré tout parvenus à maintenir le budget de départ en expliquant pourquoi celui-ci n'avait pas été utilisé de façon optimale jusqu'à maintenant. «Les demandes vont arriver. Car il faut préciser que les formulaires de requêtes ont été disponibles uniquement en allemand pendant longtemps. Ce qui n'a pas facilité l'engouement du côté romand», a argumenté la socialiste genevoise, Liliane Maury-Pasquier. «Aujourd'hui, l'OFAS fait une meilleure communication sur ce dossier. Et cela fonctionne», a renchéri la radicale Christine Egerszegi (PRD/AG). Quant à la spécialiste des questions familiales du Parti socialiste, Jacqueline Fehr (ZH), elle a appelé le PDC et les radicaux, «dont les élus sont majoritaires à la tête des cantons et des communes», à faire passer le message sur le terrain, pour que le programme d'impulsion rencontre le succès escompté.

Les débats furent vifs mercredi. L'UDC n'a pas hésité à qualifier l'Etat fédéral de «communiste» s'il consentait à subventionner les structures pour les enfants. «Alors l'Etat communiste soutient aussi les paysans avec les paiements directs», a répondu Christophe Darbellay (PDC/VS), excédé. Quant à Chiara Simoneschi, elle a rappelé à la tribune que son père né en 1915 fréquentait déjà une structure d'accueil extra-familial à l'âge de 3 ans. Histoire de rappeler la modernité du modèle tessinois en matière de politique familiale. Un modèle que beaucoup aimeraient décliner dans toute la Suisse.

Si les Etats confirment la décision du Conseil national, le programme d'impulsion continuera de fonctionner avec 200 millions de francs entre 2007 et 2011. «Cet encouragement est limité dans le temps. N'économisons pas sur la phase finale, mais profitons de ces quatre années pour faire le maximum», a conclu Thérèse Meyer (PDC/FR).