Le Temps: Plusieurs initiatives similaires ont été rejetées par le passé. La population accepte aujourd’hui de simplifier la naturalisation pour les petits-enfants d’immigrés. Qu’est-ce qui a fait basculer les opinions?

Johan Rochel: Lors du vote sur l’acquisition de la nationalité par les étrangers de la troisième génération en 2004, beaucoup de citoyens ont considéré que l’automatisme de la réforme allait trop loin. Cette fois, il n’y a aucun automatisme, mais une simplification des démarches administratives. Le jeune qui souhaitera obtenir un passeport suisse devra faire le premier pas et s’engager dans le processus de demande de naturalisation, une façon de dire: «je veux être Suisse». Et de rassurer les sceptiques!

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– Quel a été le moment déterminant de la campagne?

– L’affiche UDC montrant une femme en niqab noir a eu l’effet d’un électrochoc pour les partisans de l’initiative, qui ont redoublé d’efforts dans la dernière ligne droite. Mais ce qui explique également la victoire de ce projet, c’est qu’il fédère toutes les forces progressistes, aussi bien à gauche qu’à droite de l’échiquier politique. Dans le camp bourgeois, plusieurs voix se sont élevées pour affirmer que la Suisse a tout à gagner à naturaliser des jeunes nés sur son territoire et appelés à y rester. Des jeunes de facto déjà Suisses, mais sans passeport.

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– Au-delà de la simplification des démarches administratives, que signifie l’approbation de cette initiative?

– Elle a un poids symbolique très fort, d’autant plus que les étrangers bénéficient de peu de droits politiques en Suisse. Ce n’est pas seulement une décision en faveur de l’égalité, c’est aussi un véritable investissement dans le futur. Les études scientifiques nous démontrent que les jeunes qui se feront naturaliser seront des citoyens plus actifs, car ils s’engageront davantage dans la vie politique et économique du pays.