VOTATION

Naturalisations facilitées: les secondos entrent dans la danse, sans se laisser intimider par l'UDC

Les jeunes étrangers de deuxième génération se mobilisent en faveur d'une procédure de naturalisation simplifiée. Bien implanté outre-Sarine, le mouvement citoyen n'a pas encore de véritables ramifications en Suisse romande. Il a pris son essor à Zurich en mai 2002

Un caquelon à fondue rempli de spaghettis. C'est avec cette image que les secondos ont lancé mercredi, à quelques jours du 1er août, leur campagne en vue de la votation sur les naturalisations facilitées du 26 septembre. Secondos? Derrière ce terme hybride, qui s'inspire aussi bien de l'italien que de l'espagnol, se cachent des étrangers de deuxième génération. De jeunes étrangers nés en Suisse, ou ayant accompli une bonne partie de leur scolarité obligatoire ici, et qui, la plupart, se sont fait naturaliser ou rêvent d'acquérir le passeport suisse. Ils sont environ 250 000, âgés de moins de 25 ans, à pouvoir se rassembler sous cette bannière. Ils fêtent le 1er août avec des feux d'artifice et des saucisses grillées et ne connaissent pour la plupart pas la date de la Fête nationale de leur pays d'origine.

Regroupés au sein de différents mouvements – dont IG Secondas, Secondos Inter Pares et Second@s Plus – en Suisse alémanique, ils se mobilisent aujourd'hui, avec le soutien de l'Union syndicale suisse (USS), pour que les jeunes étrangers de deuxième génération, âgés de 14 à 24 ans, ayant accompli au moins cinq ans de scolarité obligatoire en Suisse et ayant été domicilié pendant deux ans minimum dans la commune de naturalisation, puissent bénéficier d'une procédure moins compliquée pour acquérir le passeport à croix blanche. Qu'ils puissent plus facilement participer à la vie civique et assumer des responsabilités politiques. Ils plaident également en faveur de la deuxième modification constitutionnelle soumise en votation le 26 septembre: permettre aux enfants de secondos de devenir automatiquement Suisses à la naissance.

Roberto Rodriguez, coprésident de Secondos Plus, rappelle la complexité de la procédure de naturalisation actuelle: «Il y en a en fait 2815 procédures différentes puisqu'il existe 2815 communes! Les délais de résidence varient par exemple de deux à vingt ans. Et jusqu'à il y a quelques années encore, la commune de Malans (GR) exigeait carrément un délai… de 99 ans!» Accepter les deux objets de votation revient simplement à prendre en compte la réalité sociale et non plus seulement les droits héréditaires, ajoute-t-il.

«Une nécessité, une évidence»

Concrètement, les secondos veulent faire comprendre que la naturalisation facilitée n'est «pas une question morale et patriotique, mais une nécessité et une évidence». Les 3 et 4 septembre prochains, des «Secondos on tour» sillonneront ainsi la Suisse alémanique, dans les cantons comme ceux d'Argovie, de Soleure, de Lucerne, de Schaffhouse et de Saint-Gall, qui ont refusé la naturalisation facilitée en 1994. Le peuple avait pourtant dit oui. Depuis, quatorze cantons ont décidé, souvent de manières très différentes, d'alléger la procédure. Mais les secondos ne s'en contentent pas.

Le mouvement des secondos est né en Suisse alémanique et n'a pas vraiment réussi à étendre ses bras en Suisse romande. «Cela ne «prend» pas», confirme Doris Bianchi, responsable du dossier «politique» de l'Association Secondas. «Très certainement parce que les jeunes étrangers de deuxième génération y sont mieux intégrés.» La demande est pourtant là, à en juger les messages laissés sur les sites Internet des différentes associations.

Le mouvement est en fait parti de Zurich. Un peu à cause de la municipale socialiste Esther Maurer (Le Temps du 7 octobre 2003), d'ailleurs. Elle avait maladroitement et faussement accusé les «secondos» d'être à l'origine des casses perpétrés le 1er mai 2002 dans sa ville. Piqués au vif, deux groupes distincts de jeunes étrangers ont immédiatement réagi, en décidant de revendiquer haut et fort le terme qui les discriminait. De fil en aiguille, le mouvement s'est développé. Il a connu son apogée à l'automne 2003, lorsqu'une liste de secondos – Second@s Plus – a été constituée pour les élections fédérales, grâce à l'impulsion de Salvatore Di Concilio, membre du PS et président du groupe migration à Zurich.

Un concept vieux de onze ans

Puis le mot «secondo» a fait son chemin, est presque devenu une marque de fabrique, un label. Les scénaristes du film «Achtung, fertig, Charlie», avec pour personnage central un fils d'immigrés à l'école de recrues, lui ont fait une place dans leurs dialogues. Des t-shirts sont apparus, une ligne de cabas a été créée. Et Natalie Avanzino, une des initiatrices du mouvement, a même été invitée à la Haute Ecole spécialisée de Bâle, section communication visuelle, pour présenter l'histoire et le concept du mot. En fait, le véritable inventeur du terme «secondo» est le producteur et cinéaste irako-suisse Samir. Il l'avait utilisé en 1993 déjà, dans son film «Babylon 2».

Les secondos ont su prouver qu'ils existaient, qu'ils sont attachés à la Suisse, sans pour autant renier leurs racines étrangères. Ils déploieront toutes leurs forces – mais avec très peu de sous – pour que l'UDC ne parvienne pas à égratigner leur image avant le 26 septembre. Roberto Rodriguez: «L'UDC fait tout pour que le nombre de naturalisations régresse, car finalement, en maintenant un taux élevé d'étrangers en Suisse, le parti s'assure des voix.» «Nous ne craignons pas notre puissant adversaire de campagne», enchaîne Doris Bianchi. «Mais nous reconnaissons que, une fois de plus, nos javelots ne sont pas taillés à la même longueur.»

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