Les Genevois auraient tort de ne pas se sentir concernés. Ou de voter le 1er juin en faveur de l'initiative «pour des naturalisations démocratiques» en pensant ne donner aux autorités qu'un signal anodin de plus grande sévérité en matière de politique des étrangers. L'avertissement émane de David Hiler, ministre vert des Finances: «Si l'initiative passe, elle aura des conséquences pour Genève. Et il sera alors trop tard pour le regretter», a-t-il déclaré hier.

Le dernier mot au canton

Pour présenter la position unanime du Conseil d'Etat contre l'initiative de l'UDC, David Hiler -lui-même d'origine américaine et naturalisé- était entouré du socialiste Charles Beer et du libéral Mark Muller. En se gardant de surjouer la carte émotionnelle, les trois magistrats ont démontré que l'acceptation de l'initiative de l'UDC au niveau fédéral aurait des conséquences concrètes pour Genève. Ou en tout cas pour les communes dont les citoyens auraient dit oui, même si le canton la refuse. Elles ne seraient en effet plus protégées par le droit cantonal. Le gouvernement s'en inquiète, car il n'a pas oublié qu'en 2006 des communes suburbaines comme Vernier, Onex et Meyrin avaient massivement accepté le durcissement des lois fédérales sur l'asile et les étrangers.

La situation actuelle? Une personne souhaitant se faire naturaliser doit en faire la demande au Conseil d'Etat, en indiquant la commune concernée. Le Département des institutions mène alors une enquête sur la personnalité du candidat, en fonction de plusieurs critères indiqués dans la loi sur la nationalité genevoise: ses attaches avec le canton, son intégration dans la communauté, sa bonne réputation, son respect des lois et son autonomie financière. La commune donne son préavis, puis le canton tranche. Et, en cas de désaccord entre les deux entités, le Grand Conseil réexamine la demande.

Explosion des coûts

«Si l'initiative passait, la commune pourrait prendre des décisions définitives, ce qui n'est pas actuellement le cas», relève David Hiler. «Notre système équilibré et transparent s'effondrerait», ajoute Mark Muller. Sans parler de la surcharge de travail et de l'explosion des dépenses qu'un tel changement impliquerait, renchérit Charles Beer.

En 2007, 80% des communes ont été concernées par les 1572 dossiers de naturalisation, dont 766 en Ville de Genève, 164 à Vernier et 100 à Meyrin. Alors que Genève doit faire face à une moyenne de six scrutins par année, une augmentation du nombre de votations à l'échelle municipale «serait très difficile à absorber». Et coûteuse: environ 365000 francs par opération électorale municipale. «Par ailleurs, on s'expose à des inégalités de traitement entre les communes», prévient le socialiste.

Et bien sûr, le Conseil d'Etat redoute l'arbitraire d'éventuelles décisions du peuple. «L'électeur pourrait refuser un candidat dont le nom ne lui plaît pas», prévient David Hiler, soucieux de l'image de Genève l'internationale, qui compte environ 40% d'étrangers.