Entre l'initiative des 18% et la question de la naturalisation, un rapport existe, indéniable, ambigu. D'un côté, des opposants à l'initiative réclament la naturalisation pour les jeunes de la deuxième génération: la part d'étrangers dans notre pays tomberait ainsi à 15%, bien moins que le maximum jugé supportable par les partisans de l'initiative. Sans compter, disent-ils, que la plupart des pays industrialisés – dont les taux de population étrangère sont souvent plus faibles que le nôtre – prévoient ce droit. Face à eux, le père de l'initiative, Philipp Müller, n'a pas une position très claire sur la question. Dans une interview au Tages-Anzeiger, il répond que l'on pourrait naturaliser les 600 000 étrangers qui remplissent les conditions: ce ne sont pas eux qui posent problème, mais les nouveaux immigrants. Pour autant, il a également souligné à plusieurs reprises que l'argument des opposants ne tenait pas: le taux de naturalisation en Suisse est plus élevé qu'ailleurs, pour peu qu'on le ramène à la taille du pays.

Reste que les statistiques tendent à démontrer le contraire. Selon le dernier rapport sur les migrations internationales de l'Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE), le taux de naturalisation en Suisse est particulièrement faible. Sur dix ans, il dépasse à peine 1%. C'est peu, si l'on compare ce chiffre à ceux affichés par la plupart des pays de l'Union européenne, Suède en tête, ou par les Etats-Unis. Seule exception européenne: l'Italie. Un autre document, de l'Office fédéral de la statistique cette fois, aboutit au même constat. Tout en soulignant que le nombre de personnes susceptibles de prétendre à la nationalité suisse a, lui, fortement augmenté. L'OFS fournit deux explications à ce phénomène: d'une part, «l'attrait de la nationalité suisse a diminué, notamment pour les ressortissants de l'Union européenne». D'autre part, «le chemin de l'intégration politique est difficile à parcourir pour les étrangers, à cause des obstacles financiers et des critères de décision des commissions de naturalisation et des assemblées communales».

Alors qu'en est-il? Jusqu'à quel point la politique de la Confédération en la matière est-elle restrictive? Bien qu'il soit difficile de comparer les politiques de pays très divers, ne serait-ce que par la taille ou par l'histoire, des différences indéniables existent entre les attitudes des pays industrialisés à l'égard des immigrants. Trois aspects peuvent s'avérer significatifs: la façon dont la nationalité est accordée à la naissance, les conditions que doivent remplir les candidats étrangers pour l'obtenir, et enfin le coût de la démarche. Si la Suisse est parmi les moins exigeants en ce qui concerne les conditions nécessaires, il n'en va pas de même pour les deux autres points de comparaison.

Droit du sol et droit du sang – Un enfant acquiert-il la nationalité d'un pays parce qu'il y est né ou parce que l'un de ses parents en est déjà ressortissant? Rares sont les Etats où le critère du sol prime sur celui du sang. C'est le cas aux Etats-Unis, au Canada, en Irlande, ainsi qu'en Nouvelle-Zélande. Un enfant né sur le territoire de l'un de ces pays en obtient la nationalité, quelle que soit celle des parents. Si ça n'est pas le cas, alors seulement la filiation est prise en compte. En Australie et en Grande-Bretagne, les deux critères sont considérés de manière équivalente: un enfant a la nationalité de ces pays s'il y est né ou si, à sa naissance, l'un de ses parents était lui-même citoyen ou avait été autorisé à s'établir de façon permanente sur le territoire.

Mais dans la plupart des pays industrialisés comme en Suisse, le droit du sang prime: un enfant dont l'un des parents au moins possède la nationalité du pays y a droit également, même s'il naît en dehors du territoire. Pourtant, contrairement à la Suisse, plusieurs d'entre eux tiennent également compte du lieu de naissance: ainsi, par exemple, l'Autriche, l'Espagne ou la Turquie accordent automatiquement la citoyenneté à un enfant né dans le pays de parents étrangers dont l'un au moins est né sur le territoire. Le parlement allemand a voté en 1999 une loi qui permet sous certaines conditions d'obtenir la nationalité sur la base du principe du droit du sol. De même, en France, il a été rétabli en 1998. En Belgique, il est aussi tenu compte du lieu de naissance d'un enfant de parents étrangers, mais dans des cas particuliers.

Les conditions – A voir les conditions posées par quelques pays de l'OCDE aux candidats à la naturalisation (voir tableau ci-dessus), la Suisse n'impose que peu de critères: absence de condamnation, intégration dans la vie du pays et prestation de serment. Seules la Suède, la Norvège, la Belgique et l'Italie sont encore moins exigeantes. En revanche, l'âge minimal pour demander la nationalité suisse est de 20 ans – alors que la plupart des pays considérés n'imposent que 18 ans. Enfin, la période de résidence obligatoire y est la plus longue: douze ans.

Le coût – Dernier élément qui peut compter: le prix de la démarche qui mène à la naturalisation. Dans ce pays fédéral qu'est la Suisse, elle varie fortement selon l'endroit où l'on se trouve. Dans la plupart des cantons, la taxe de base se situe entre 300 et 500 francs mais peut monter jusqu'à 100 000 francs à Genève, où elle varie selon le revenu. Il faut aussi signaler que dans plusieurs cantons, elle a fortement diminué, notamment pour les étrangers de la deuxième génération. A titre de comparaison, la naturalisation coûte 205 dollars (352 francs) aux Etats-Unis; 200 dollars canadiens (230 francs) au Canada, et la moitié pour les moins de 18 ans; 500 marks (400 francs) en Allemagne; 6000 francs belges (230 francs suisses) en Belgique, tandis que les moins de 22 ans ne déboursent que 2000 francs belges.