Homéopathes ou aromathérapeutes, réflexologues ou acupuncteurs, tous les métiers dits de «médecine douce» se sont mobilisés pour contrer un projet de loi qu'ils décrivent comme un «couperet au-dessus de leur tête». Selon eux, le projet, déposé par le Conseil d'Etat en novembre dernier, visant à à modifier la loi sur l'exercice des professions de la santé (LEPM), les placerait dans l'illégalité la plus totale. Leur réponse ne s'est pas fait attendre: le 9 février, ils ont déposé un autre projet de loi pour réglementer leur pratique et être reconnus comme une profession de la santé à part entière.

Tout a commencé avec un audit sur les dérives sectaires réalisé par un groupe d'experts genevois sous la direction de François Bellanger. Constatant que le «domaine des professions médicales offrait un terrain privilégié pour le développement des activités sectaires», ce dernier a proposé deux types de mesures, reprises dans le projet de loi du Conseil d'Etat. D'une part, renforcer les règles sur la publicité médicale (interdites aux professions de la santé reconnues par la loi) en augmentant drastiquement l'amende en cas d'infraction. Et d'autre part, réprimer plus clairement l'exercice illégal de médecine.

C'est sur ce dernier point que les naturopathes ont vu rouge. Car, entre autres restrictions, la modification proposée prohibe «les traitements préventifs destinés à améliorer l'état de santé», en particulier aux personnes qui n'ont pas l'autorisation de pratiquer une profession médicale reconnue par la loi cantonale. «Ce projet de loi nous ligote, s'exclame Jean Vittori, naturopathe praticien et responsable d'un centre de formation à Genève. Par ailleurs, il ne fait aucune distinction entre les charlatans et ceux qui ont été sérieusement formés. Il ne sert donc à rien pour lutter contre les dérapages.» Jean Vittori en convient, la naturopathie est encore aujourd'hui un grand sac où l'on peut mettre tout et n'importe quoi. Non réglementé, ce domaine laisse la porte ouverte à tous les abus. «Aujourd'hui, celui qui a fait un stage de trois jours dans le sud de la France peut se prétendre naturopathe… C'est cela qu'il faut combattre. Pas les gens qui font du bon travail. Dans notre société, les médecins douces sont aujourd'hui en passe de devenir un complément à la médecine traditionnelle. Il faut leur trouver une place!»

En déposant leur propre projet de loi devant le Grand Conseil, c'est bien cette place que les naturopathes ont cherché à définir. «Nous voulons être reconnus légalement comme une profession de la santé, souligne encore Jean Vittori. C'est le seul moyen de sortir de cette zone grise où nous pataugeons aujourd'hui, entre tolérance et répression. Le flou artistique nous a peut-être servis au début, mais il nous dessert aujourd'hui.» Les naturopathes proposent donc d'établir un registre professionnel, sous le contrôle du Conseil d'Etat. Et de créer une commission de surveillance en matière de naturopathie, formée de plusieurs responsables du Département de l'action sociale et de la santé (DASS), du Département de justice et police et de quelques députés. L'exercice de la naturopathie serait en outre réservé aux titulaires de diplômes reconnus par le Département de l'instruction publique. «Ce texte n'est pas parfait, mais au moins il contribue à faire avancer la discussion, relève Pierre-Pascal Visseur, député radical qui a présenté le projet, également président de la commission santé auprès du Grand Conseil et membre de la direction de l'Hôpital de la Tour. En Suisse romande, il existe déjà des associations et des écoles bien organisées. On est en pleine structuration, même si ce n'est qu'un début.»

Du côté de la DASS, le discours est clair. «Structuration ou pas, tant que ces professions ne seront pas reconnues sur le plan national, elles ne seront pas inscrites dans la législation cantonale», martèle François Longchamp, secrétaire général du département. A ce propos, Pierre-Pascal Visseur souligne que Guy-Olivier Segond a beau jeu de refuser un cadre légal aux naturopathes, lui qui en emploie plusieurs dans ses hôpitaux universitaires! Le débat risque d'être animé, la semaine prochaine, devant le Grand Conseil.