Le Temps: Que répondez-vous à ceux qui accusent la SSR de servir de refuge confortable à d'anciens fonctionnaires fédéraux?

Armin Walpen: Que ce n'est pas vrai. En comparaison internationale et même face aux privés, nous sommes très productifs. Et il n'y a pas chez nous de fonctionnaire fédéral venu trouver un «refuge confortable»… Laissez-moi vous citer un chiffre inédit: SRG SSR, hors filiales, emploie 452 cadres. Dix-sept d'entre eux viennent de l'administration fédérale ou d'une administration cantonale. Soit 3,7%. C'est une preuve que SRG SSR ne recherche pas les fonctionnaires. Notre marché n'est pas celui de l'Etat. Cela ne signifie pas qu'aucun fonctionnaire ne viendra chez nous… J'étais moi-même fonctionnaire [ndlr: secrétaire général du Département fédéral de justice et police], et j'ai quitté la Confédération en 1988, pour le Tages-Anzeiger, une entreprise de presse privée.

– Venons-en à l'engagement d'Achille Casanova, l'ancien porte-parole du Conseil fédéral, au poste de médiateur pour la télévision alémanique: comment justifier un traitement de 160 000 francs pour un poste à moins de 40% dont le travail n'a aucun poids décisionnel?

– Cette fonction de médiateur est prévue par la loi. Elle est importante: avant de saisir l'autorité indépendante de plainte, vous êtes obligé de passer par le médiateur. Elle n'a pas été créée par SRG SSR, son attribution n'a absolument rien à voir avec la direction générale. Ce sont les conseils du public ou du programme qui choisissent les médiateurs et décident de leur rémunération. Et celle-ci se base sur un tarif d'avocat revu à la baisse, qui n'a pas changé au cours des années. Un bon médiateur est très reconnu. Prédécesseur d'Achille Casanova, Otto Schoch a eu une grande influence, on ne pouvait ignorer ses avis. Cette affaire révèle une facette un peu ridicule de l'esprit suisse: on demande à des gens d'effectuer un travail de qualité mais, simultanément, on estime qu'ils peuvent le faire gratuitement…

– Votre propre traitement (un salaire de 466 000 francs, une voiture de fonction avec chauffeur et une allocation unique de 75 000 francs pour l'achat d'une voiture de service avec le droit d'utilisation privée) a nourri la polémique au printemps dernier. Que dites-vous à ceux qui vous reprochent de bénéficier des conditions du privé avec la sécurité relative du service public?

– Que SRG SSR peut me congédier en six mois, que j'ai un contrat de travail de droit privé et que ce n'est pas moi qui fixe mon salaire, mais le conseil d'administration de SRG SSR! J'ose tout de même affirmer que je suis le chef de la plus grande entreprise de médias en Suisse. D'autre part, 70% de notre budget vient de l'argent public. Le conseil d'administration a sans doute pris en compte parmi d'autres ces deux éléments pour me donner un salaire bien inférieur à des postes comparables dans d'autres médias suisses. Lorsque nous cherchons des directeurs de nos unités d'entreprise, nous n'allons pas à la Confédération, mais chez des groupes comme Edipresse ou Ringier… Nous devons rester concurrentiels, tout en sachant que nous avons des limites propres au service public. Je ne peux pas gagner 1 million ou plus comme d'autres, je suis entièrement d'accord, mais j'ai le droit d'avoir un salaire qui correspond à ce que je crois accomplir. Et, à titre d'exemple, je gagne nettement moins que la directrice générale de la radiotélévision publique autrichienne.