Peter Goetschi, président central du TCS depuis fin 2011, suit de près l’actualité politique en matière de transports, particulièrement riche en ce moment. L’avocat fribourgeois, un parfait bilingue âgé de 47 ans, marié et père de deux enfants, explique pourquoi son organisation s’oppose aux fonds en discussion et assure qu’elle ne lancera pas le référendum contre la vignette à 100 francs.

Le Temps: Les associations routières ne soutiennent pas le projet de fonds d’infrastructure ferroviaire. Pourquoi?

Peter Goetschi: Le principe du fonds d’infrastructure ferroviaire est juste et il n’est pas question de jouer ce fonds contre le projet de fonds routier dont on discute en parallèle. Les deux sont complémentaires et constituent un ensemble. Mais les moyens financiers sont limités. Il faut donc être raisonnable. L’augmentation de la première tranche de 3,5 à 6,4 milliards ne suit pas une logique de développement national mais répond avant tout à des intérêts régionaux. On surcharge dangereusement le bateau. Nous exprimons des réserves face à cette liste de vœux régionaux.

Le fonds ne sera toutefois pas alimenté par de nouveaux moyens financiers retirés à la route. Pourquoi alors s’y opposer?

Il y a quand même deux problèmes. D’une part, le Conseil fédéral revient sur une promesse qui était d’utiliser provisoirement une part de la taxe sur les carburants pour couvrir 25% des coûts des NLFA. Or on propose ici de prolonger ce financement transversal. Cela nous dérange, car la route a aussi besoin de ces moyens. D’autre part, la limitation de la déduction des frais de déplacement professionnel prévue pour cofinancer le fonds ferroviaire pénalisera les personnes qui se rendent à leur travail en voiture, notamment dans les régions périphériques où l’offre de transports publics est la moins développée. Il y a aussi une question de calendrier: il serait judicieux de traiter les deux fonds en parallèle afin d’avoir une vue d’ensemble pour les 20 à 30 années à venir.

Mais pourquoi vous opposez-vous aussi au fonds routier tel qu’il a été présenté par le Conseil fédéral?

Parce qu’il n’y a pas de symétrie entre les deux projets. Le fonds ferroviaire sera ancré dans la Constitution avec des sources et un mécanisme de financement pluriannuel. Pour le fonds routier, il est prévu que le parlement se prononce chaque année sur les tranches de crédits, avec les incertitudes que cela comporte. Ce fonds routier est nécessaire afin de démêler les flux financiers. Mais pas comme ça. Il faut des règles semblables pour les deux fonds.

Le parlement fixera sans doute lundi l’augmentation de la vignette à 100 francs. Lancerez-vous le référendum?

Je ne le pense pas. Nous sommes très critiques face aux augmentations des taxes qui pèsent sur les automobilistes: elles doivent impérativement leur apporter une plus-value. Or, dans le cas présent, la hausse de la vignette financera en grande partie un report de charges, puisque la Confédération va reprendre à son compte 400 kilomètres de routes cantonales. Ce transfert devrait logiquement être compensé par les cantons. Mais le renchérissement de la vignette montre aussi la volonté de la Confédération d’investir dans l’entretien des routes. Et elle n’interviendra que lorsque le solde du compte routier passera au-dessous d’un certain seuil. Ce seuil a été fixé à 1 milliard de francs, mais le TCS aurait préféré 500 millions. Quoi qu’il en soit, cela ne sera pas avant 2015.

Les recettes des taxes sur les carburants vont diminuer à cause de la baisse de la consommation. Cela ne va-t-il pas fragiliser les fonds qu’elles alimentent?

La baisse de la consommation des véhicules est une réalité et elle est réjouissante d’un point de vue environnemental. Ce sera aussi un grand défi pour le financement des projets routiers. Mais il y a plusieurs pistes à explorer pour y remédier. On peut décider de redonner à la route une partie de la part affectée aux transports publics. On peut aussi modifier la clé de répartition des recettes de la taxe de base sur les carburants: au lieu de les distribuer à parts égales entre la caisse générale de la Confédération et la route, on pourrait n’attribuer que 40% à la caisse fédérale et 60% à la route. Mais ce sont des décisions politiques. Et l’on n’échappera pas à moyen terme à une hausse de la surtaxe, dont le montant est inchangé depuis des décennies.

Vous accepterez donc un renchérissement du prix des carburants?

Considérant les besoins d’investissement importants dans la route, et nonobstant une possible réaffectation des ressources à la route, une hausse ne peut être exclue à terme. Mais toute augmentation devra être raisonnable et liée à un programme de réalisation. C’est cela qui sera déterminant.

Pensez-vous au contournement de Morges et au deuxième tunnel routier du Gothard?

Oui, mais pas seulement. Ces projets sont nécessaires. Pour Morges, il s’agit du seul moyen d’assurer à long terme la fluidité du trafic sur l’Arc lémanique. Quant au tunnel routier du Gothard, il doit être assaini. Le percement d’un deuxième tube est indispensable pour garantir la sécurité et pour raccorder le Tessin au reste du pays. Les autres solutions envisagées impliqueraient la construction de quais de chargement des véhicules sur le train qui seraient temporaires et inutilisables après la réfection du tunnel routier. Un tel investissement ne serait pas responsable.

Auto-suisse lance lundi l’initiative populaire «Vache à lait» qui veut freiner la tendance consistant à canaliser vers les transports publics les taxes payées par les automobilistes. Le TCS la soutiendra-t-il?

Le TCS n’est pas partenaire de ce projet. Actuellement, notre premier objectif consiste à obtenir un fonds routier transparent et équitable et nous continuerons à nous battre pour qu’il le soit. Cette initiative peut être un moyen de pression, mais elle va trop loin à notre avis et ne permet pas de résoudre les défis auxquels est confrontée la route.