Avant la fusion, samedi, de sa formation avec le Parti libéral, le président du Parti radical-démocratique (PRD), Fulvio Pelli, évoque les ambitions de la nouvelle formation, dont il prendra les rênes.

Le Temps: Quels sont les objectifs du nouveau parti?

Fulvio Pelli: Nous entendons créer un pôle libéral, plus fort que celui qui s'est battu ces dernières années pour garantir à la Suisse une politique modérée de centre droit. Divisées dans le passé, les forces libérales radicales n'ont pas été suffisamment efficaces lors de la polarisation particulière qui s'est développée entre la gauche et la droite.

- Comment comptez-vous enrayer la spirale négative, qui voit les partis du centre, le PRD et le PDC, gagner les votations mais perdre les élections?

- L'identification avec un parti politique passe par le choix d'une ligne politique convaincante. Avec le choix de trois thèmes stratégiques - l'emploi, la cohésion sociale et l'efficacité de l'Etat -, nous essayons d'avoir un profil de parti plus efficace. Car c'est en se profilant sur les thèmes que l'on gagne les élections.

- Selon l'historien Olivier Meuwly, le parti fusionné devrait en profiter - de la fusion - pour renouveler son message. Or, dit-il, «la nouveauté du discours reste discrète».

- Nous venons de définir, le 19 avril, en collaboration avec les libéraux, une nouvelle ligne politique. Avec un accent plus fort sur le libéralisme et la responsabilité personnelle, le fédéralisme y jouera aussi un rôle important. La ligne politique déjà définie sera la nôtre pendant toute la législature.

- Vous ne partagez donc pas le point de vue d'Olivier Meuwly?

- Trop discrets? Non. Il y a des thèmes sur lesquels nous nous sommes battus très fortement. Comme l'abrogation de la «pratique Dumont», une entrave fiscale qui empêche l'assainissement énergétique des maisons. Nous nous engageons aussi pour la correction de la progression à froid, qui provoque une augmentation injustifiée des impôts. Désormais, nous nous battrons systématiquement avec beaucoup plus de présence médiatique qu'avant pour nos projets en faveur de la population.

- Est-ce à dire que vous ne le faisiez pas suffisamment?

- Dans le passé, nous avons souvent voulu trouver des solutions communes avec les autres partis de gouvernement. Cela ne nous a pas donné un profil suffisamment clair.

- Toujours selon l'historien Olivier Meuwly, les radicaux et les libéraux n'ont pas perçu le désarroi des Suisses, contrairement à l'UDC. Par exemple lors du déballage des fonds en déshérence. Ou avec Expo.02.

- L'UDC a été très habile à thématiser les préoccupations des gens, mais au niveau du travail politique, je la trouve peu coopérative, donc inefficace et surtout éloignée des valeurs helvétiques, comme la modestie. Les libéraux et les radicaux ont certes perdu des élections mais n'ont pas suivi ce parti. Ils sont restés fidèles aux valeurs suisses...

- Le parti fusionné doit-il englober le PDC?

- Avoir réuni les libéraux et les radicaux est déjà un grand résultat. Et nous sommes prêts à travailler avec d'autres forces, comme le PBD, qui se reconnaissent dans le libéralisme. Mais je ne pense pas que le PDC, tel que je le connais, puisse être identifié, et s'identifie lui-même comme élément de ce pôle libéral.

- Le Parti bourgeois-démocrate tiendra son congrès constitutif dans 10 jours. A Berne, ses élus cherchent à rallier un groupe parlementaire.

- Pour l'instant, le PBD ne nous a pas demandé formellement s'il pouvait rallier notre groupe. Une demande serait examinée sérieusement et rapidement.

- L'an dernier, vous évoquiez un triple départ de Moritz Leuenberger, Samuel Schmid et Pascal Couchepin du Conseil fédéral. Puis vous vous êtes interrogé sur l'avenir de Samuel Schmid. Pour finalement déclarer qu'en période de crise financière, l'annonce d'une démission serait «irresponsable». Et aujourd'hui?

- J'avais annoncé, avec l'accord de Pascal Couchepin, que ce dernier se retirerait durant la législature. En précisant qu'il revenait à lui de l'annoncer. J'avais souligné que cette vacance pourrait être l'occasion d'un triple départ, permettant un renouvellement du Conseil fédéral. Entre-temps, on a déjà eu un renouvellement, puisque Eveline Widmer-Schlumpf a pris la place de Christoph Blocher. Par ailleurs, je n'ai jamais évoqué de départ de Samuel Schmid et je suis toujours d'avis que cette période de crise n'est pas propice à un départ.

- Si l'UDC a droit à deux sièges, quel genre de candidats doit-elle essayer d'y placer?

- C'est à l'UDC de choisir, pas à nous. Mais tout le monde sait que Christoph Blocher ne peut plus être réélu.

- Fallait-il ne pas élire Christoph Blocher au Conseil fédéral, en 2003?

- En 2003, nous n'avions pas de raisons de ne pas l'élire: il représentait correctement le parti qui avait gagné les élections. Mais la majorité qui ne l'a pas réélu en 2007, dont je ne fais pas partie, ne l'élira plus.