Les chasseurs de têtes ne sautent pas au plafond en apprenant le montant du salaire du directeur des CFF, Benedikt Weibel. «Je ne pense pas que 360 000 francs de salaire annuel soit une somme exagérée», affirme Georges Gasser, directeur chez Mercuri Urval. En revanche, ce dernier s'interroge sur les critères selon lesquels le bonus de 200 000 francs lui est octroyé. «Dans le privé, on obtient ce niveau de rémunération supplémentaire voire plus, en fonction de l'évolution du cours de Bourse du titre de l'entreprise. Dans ce cas, c'est un résultat objectif, mais qui est incalculable dans le secteur public», précise-t-il. A fonction comparable dans l'économie privée, il n'existe pas de plafond salarial. Dans le secteur bancaire, souligne un autre consultant de la place lausannoise, les salaires se comptent facilement, à ce niveau-là de responsabilité, à un million annuel sans compter les bonis. «On peut s'étonner, en revanche, que Benedikt Weibel accepte un poste pour un salaire si peu élevé. Sans compter que les avantages liés à un travail dans le secteur public – sécurité de l'emploi, retraite – se sont aujourd'hui fragilisés», précise-t-il encore. Carole de Weck, spécialisée pour De Weck & Partners dans l'aide au retour en Suisse de chercheurs et de cadres exilés, s'interroge sur sa taille du mandat du directeur des CFF. «Ce type de poste est très lourd, explique-t-elle. Il peut tuer la carrière de quelqu'un. Benedikt Weibel ne sera pas jugé uniquement sur ses performances professionnelles, mais aussi politiquement. Pour lui, le risque est énorme.»

Pas seulement le salaire…

Alors pourquoi la publication des salaires des cadres des CFF fait-elle autant de vagues en Suisse alors qu'aux Etats-Unis c'est une chose commune? «Il y a une culture de l'argent, explique Carole de Weck. On se réjouit du gain obtenu par les autres. Cela crée une émulation, un objectif à atteindre soi-même.» Georges Gasser, quant à lui, estime que la divulgation systématique des salaires n'est pas forcément une bonne chose. «Quand on change de travail, ce n'est pas uniquement parce qu'on n'est pas satisfait de son salaire, d'autres considérations entrent en ligne de compte.» Depuis la crise des années 90, le calcul de la rémunération a changé entraînant dans certains secteurs une inflation. La longévité dans une entreprise n'est plus le critère primordial, mais ce sont les compétences, la formation et la motivation qui sont les facteurs principaux. Sans oublier la situation du marché du travail qui suit la loi de l'offre et de la demande.