Les Genevois se rendront-ils moins souvent aux urnes à l'avenir? C'est en tout cas la volonté de Hervé Pictet, inscrit sur la liste «Libéraux et indépendants»: le candidat de 25 ans milite pour l'augmentation du nombre de signatures nécessaires pour faire aboutir un référendum ou une initiative. Histoire de rendre l'entreprise un peu plus laborieuse, et de décourager certaines âmes trop interventionnistes à son goût. Car, dit-il, «le citoyen suisse est trop souvent sollicité. Cela engendre des effets pervers comme le désintérêt pour la politique, le vote sur des sujets que l'on ne maîtrise pas et le hold-up de certains initiants sur des questions très complexes».

Actuellement, il faut récolter 7000 signatures pour un référendum, et 10 000 pour une initiative. Hervé Pictet est convaincu qu'il faudra changer de méthode en fixant plutôt un pourcentage du corps électoral, qui ne cesse d'évoluer. Mais il refuse d'articuler un chiffre pour ne pas préjuger des débats de la Constituante. Les radicaux, qui partagent l'appréciation d'Hervé Pictet, ne s'embarrassent pas tant: ils proposent de fixer le pourcentage à 10% pour les initiatives, et à 7% pour les référendums.

Le jeune candidat estime que la mesure permettrait au Grand Conseil, «actuellement trop faible par rapport au Conseil d'Etat», de travailler plus librement, sans redouter que chaque vote soit remis en cause. Il faut que les citoyens fassent davantage confiance à ceux qu'ils ont élus, et qui sont compétents pour faire les lois.»

La gauche s'y opposera avec ferveur. Dans ses rangs, comme dans certaines listes apolitiques, certains défendent carrément l'idée contraire, c'est-à-dire la diminution du nombre de signatures pour élargir les droits démocratiques. On explique qu'à Genève, qui compte 40% d'étrangers tous privés du droit de vote au niveau cantonal, il est de plus en plus difficile de récolter des paraphes dans la rue. On brandit également l'inégalité des moyens: les initiants aisés n'hésitent pas à s'offrir les services d'étudiants rémunérés en fonction des signatures engrangées, alors qu'ils se désintéressent de la cause défendue. Au sein de la Constituante, le combat s'annonce donc dogmatique.