ALe Temps: Quel est votre argument en faveur du Grand Lausanne?

Josef Zisyadis: On ne saucissonne pas ce que la vie économique et sociale a créé comme ensemble d'agglomération. Les convergences organisationnelles des communes de la région sont une réalité incontournable. La seule réforme admissible, c'est de donner une configuration démocratique à ce que vivent les habitants au quotidien.

– Que répondez-vous à ceux qui s'inquiètent du déséquilibre avec le reste du canton, si un tiers des députés proviennent d'un arrondissement?

– Et alors? On ne devient pas député pour défendre des microparticularismes locaux, mais pour faire une politique cantonale face à une Berne fédérale sans concessions. Il est piquant de constater que les politiciens qui hurlent au déséquilibre régional sont les mêmes qui prônent le légalisme absolu dans l'application des diktats de Berne en matière de chômage, d'asile, d'assurance maladie…

– Pourtant, dans l'agglomération, certains redoutent de se retrouver dans l'ombre de la capitale?

– Ce sont de petites notabilités politiques qui ne pensent qu'à leur réélection, au lieu d'avoir une vision prospective. Une capitale est une capitale: ce qui manque en Suisse c'est une politique cohérente des villes et agglomérations en termes fiscaux, sociaux, environnementaux et économiques.

– Comme popiste, espérez-vous que le nouveau découpage favorise les positions de la gauche?

– Le but du découpage doit être de favoriser la démocratie citoyenne et pas de favoriser la droite ou la gauche. S'il y avait dans le canton un déficit démocratique, le nouveau découpage le corrigera, s'il n'y en avait pas, ce sera kif-kif. Le radical Gabriel Despland (ndlr: conseiller d'Etat de 1944 à 1961) qui a charcuté le canton dans les années cinquante doit bien rire à titre posthume du temps que le peuple met pour défaire son Lego antidémocratique…

– Pour ne pas multiplier les obstacles, le Conseil d'Etat pourrait être tenté d'abandonner la solution avec le Grand Lausanne. Comment comptez-vous la défendre?

– On peut tout imaginer du Conseil d'Etat actuel et de son manque de courage politique. Pourquoi avoir encore autant de districts et autant de communes? Si nous avions 30 communes, avec des conseils généraux de villages et de quartiers pour la résolution des problèmes locaux du quotidien, on commencerait enfin à faire de la politique dans ce canton et peut-être à le sortir de sa léthargie.