Valais

«Je ne suis pas fâché, mais je suis très déçu»

Président du parti socialiste du Valais romand, Gaël Bourgeois quitte son poste sur fond de divisions internes entre Haut et Bas- Valaisans. L’annonce intervient huit mois avant les élections cantonales, et deux semaines après le désistement de Stéphane Rossini

Candidate à sa propre réélection, la ministre socialiste Esther Waeber-Kalbermatten divise son parti. Il y a deux semaines, l’ancien président du Conseil national Stéphane Rossini renonçait à lui contester la place malgré des ambitions manifestes. Dans un communiqué envoyé à la presse, il critiquait très sévèrement son bilan. Président du parti socialiste du Valais romand, Gaël Brougeois a démissionné ce vendredi. Il part «le cœur lourd», déçu par ses camarades haut-valaisans, qui ne lui ont pas fait confiance et qui ont refusé le dialogue. Son successeur sera nommé le 18 novembre prochain. A huit mois du vote, le seul siège de la gauche au gouvernement valaisan semble plus en danger que jamais.

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Le Temps: Votre démission est-elle la conséquence des tensions qui ont opposé Stéphane Rossini à Esther Waeber-Kalbermatten?

Gaël Bourgeois: Non, ma démission est liée au manque de coordination et de collaboration entre les partis socialistes du Haut et du Bas-Valais. Ma décision a été prise avant le renoncement de Stéphane Rossini, peu après l’annonce de la candidature d’Esther Waeber-Kalbermatten. Pour une campagne aussi difficile, nous devrions travailler tous ensemble. Je n’ai pas été écouté et je ne peux pas faire du bon travail si je n’ai pas la confiance de mes camarades.

- Vous êtes fâché contre les socialistes haut-valaisans?

- Je ne suis pas fâché, mais je suis très déçu! J’ai demandé à les rencontrer dès février; ils n’ont jamais trouvé de date. Ils ont imposé leur candidature sans discussion et nous avons été mis devant le fait accompli. Au final, ils ont défendu les intérêts de leur section plutôt que les idéaux socialistes.

- Votre démission signifie donc que vous désapprouvez la candidature d’Esther Waeber-Kalbermatten?

- Pas du tout! J’appelle l’ensemble du parti à se mobiliser pour sauver le seul siège de gauche au gouvernement.

- Vous vous reconnaissez dans les mots très durs que Stéphane Rossini a tenus à l’encontre de la conseillère d’Etat?

- Je ne commente pas ses propos mais je comprends sa frustration.

- Mais vous reprochez vous aussi aux Alémaniques de confisquer le siège socialiste au Conseil d’Etat alors que l’électorat de gauche est plutôt romand?

- Non, je leur reproche de refuser le dialogue. Après une vraie discussion, nous aurions peut-être convenu qu’Esther Weber-Kalbermatten représentait la meilleure candidature. Nous ne le saurons jamais.

- Ancien conseiller d’Etat socialiste haut-valaisan, Thomas Burgener ne comprend pas ce «drame» et relève que rien n’empêchait Stéphane Rossini de se présenter devant le congrès du parti. Les socialistes romands sont trop émotifs?

- C’est un cliché et c’est la preuve qu’ils ne tirent pas à la même corde que nous. Il n’est pas admissible que le président du parti socialiste du Valais romand apprenne la candidature de la ministre sortante moins d’une heure avant la presse. On ne peut pas travailler sereinement dans le rapport de force. Les Haut-Valaisans ont réussi à imposer leur stratégie mais c’est tout le parti qui en souffrira.

- On a le sentiment que votre parti explose à moins d’une année des élections!

- Non, je ne pense pas que le parti explose. Nous avons des problèmes et nous devons les résoudre. Un parti qui pèse 14,5% de l’électorat ne peut pas se déchirer sur des questions linguistiques ou sur des conflits de personnes. Les choix du Haut-Valais péjorent le parti dans son ensemble.

- Il y a donc bien un conflit de personnes entre vous et la présidente du parti socialiste haut-valaisan, Doris Schmidhalter-Näfen?

- Pour qu’il y ait un conflit, il faudrait au moins parler! Je n’ai aucun problème avec elle en tant que personne, même si nos visions du fonctionnement du parti divergent. J’ai des problèmes avec tous ceux qui refusent de discuter et de collaborer pour défendre nos valeurs.

- La coordination et la collaboration, ce n’était pas votre travail?

- Oui, c’était mon travail. Mais pour discuter ou collaborer, il faut être deux.

- Employé du PSS, vous êtes pourtant un professionnel de la communication!

- Et je crois avoir maîtrisé ce qui était maîtrisable. On ne peut pas m’imputer des erreurs de communication quand plusieurs membres ont pris des libertés contre mes recommandations.

- Cinq anciens présidents de votre parti ont mis la pression sur Esther Waeber-Kalbermatten sans vous consulter, puis la ministre a annoncé sa candidature dans la presse contre votre volonté. Vous admettez avoir perdu le contrôle?

- J’étais parfois hors du jeu mais je ne pense pas avoir totalement perdu le contrôle. Même si leur action n’était pas judicieuse, ça ne me pose pas de problème que cinq membres influents s’expriment publiquement. Par contre, une conseillère d’Etat en place doit avoir une attitude plus responsable envers son parti. Les rapports de confiance ont été sérieusement malmenés.

- Pour résoudre ces problèmes, vous plaidez pour une fusion des deux sections mais les socialistes haut-valaisans s’y opposent déjà. Retrouver la sérénité sera compliqué?

- Oui! Je regrette qu’on nous oppose encore une fin de non-recevoir avant toute discussion. Je suis très attaché à la protection des minorités mais les Haut-Valaisans ne peuvent pas imposer leurs solutions sans dialoguer. Ils peinent à assimiler les réalités du Valais romand et j’avoue que je ne les comprends pas non plus.

- Des élus socialistes estiment que vous ne voulez pas voir votre nom associé à l’échec programmé de la prochaine campagne au gouvernement. Vous quittez le navire juste avant la tempête?

- Non, je pars parce que j’ai compris que je n’étais pas la meilleure personne pour aider le parti socialiste à conserver son siège. Et je n’ai pas l’habitude de commenter les hypothèses farfelues. Ces dernières semaines, on m’a prêté l’intention de fomenter de nombreux scénarios plus ou moins machiavéliques. Le dégât d’image de cette affaire est sérieux et je ne comprends pas qu’on puisse m’accuser de créer le chaos pour servir mes ambitions personnelles.

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