Le Temps: Sur les plus de 120 amendements déjà déposés concernant la LEtr, vous êtes vous-même l'auteur de 36 propositions. Cherchez-vous donc à torpiller la loi?

Philipp Müller: Bien sûr que non. Le fait est que le projet actuel risque fort d'être rejeté lors des votations finales, après de longues délibérations. Le PS a fait une proposition de non-entrée en matière et deux propositions de minorité en faveur d'un renvoi du projet au Conseil fédéral, et l'UDC n'accepte pas non plus le projet tel qu'il est ficelé. La loi n'aurait par ailleurs aucune chance de passer le cap d'une votation populaire. Des améliorations doivent donc être apportées. Mon but n'est pas de tuer la loi mais d'apporter des corrections pour qu'elle soit susceptible d'être acceptée par le peuple.

– Votre parti vous appuie-t-il? Il ne vous soutenait pas vraiment lorsque vous lanciez l'initiative sur les 18%…

– Environ un tiers de mes propositions a été étudié par mon parti lors de la dernière séance de groupe et j'ai recueilli une majorité pour chacune d'entre elles. Mes autres amendements seront analysés lors d'une séance agendée le 23 avril.

– Que reprochez-vous concrètement au projet de loi?

– Je lui reproche notamment de réduire la marge de manœuvre des autorités. Un article prévoit par exemple qu'un étranger peut prétendre à un permis d'établissement après un séjour plus ou moins court. Deuxièmement, j'estime que les cantons ne doivent pas être pénalisés. Or la LEtr prévoit qu'ils seront moins consultés s'agissant notamment du regroupement familial ou des mesures de lutte contre les abus. Je trouve par contre, dans le cadre du regroupement familial, que nous devrions pousser à ce que les enfants puissent rejoindre plus rapidement leur famille déjà en Suisse et qu'ils obtiennent directement un permis d'établissement: cela leur permettra de mieux s'intégrer et améliorera leur chances en vue d'une bonne formation. Nous devrions exiger que les enfants passent au minimum la moitié de la durée de l'école obligatoire en Suisse.