Pascal Couchepin vient de prendre connaissance des propositions de l'Office fédéral des assurances sociales (OFAS) destinées à assainir le deuxième pilier. Il compte les mettre en consultation en avril. Va-t-on prélever une contribution de solidarité sur les rentes existantes? Est-il nécessaire d'augmenter les cotisations? La reprise des marchés financiers suffira-t-elle à corriger le tir? Interview du ministre de l'Intérieur.

Le Temps: Certaines caisses ne disposent plus d'un taux de couverture suffisant. Une telle situation, passagère, nécessite-t-elle des mesures d'assainissement et une modification de la loi?

Pascal Couchepin: Une des mesures envisagées consiste précisément à autoriser, dans certaines circonstances, une situation provisoire de sous-couverture. La loi actuelle ne l'admet pas, de sorte que les caisses qui n'ont pas un taux de couverture de 100% sont dans l'illégalité. Nous étudions aussi la possibilité d'étendre cette mesure aux fondations collectives gérées par les assurances. Si le marché devient trop peu attractif, les assureurs risquent de s'en détourner. Il faut changer la loi, ne serait-ce que pour cela.

– Vous prévoyez de prélever une cotisation sur les rentes. Comment le justifiez-vous?

– Cela ne doit être possible que dans des cas très limités. Je n'imagine pas qu'on demande une participation aux retraités qui n'ont qu'une petite rente. En revanche, je ne vois pas quelle objection morale il y aurait à demander une contribution, modeste, à ceux qui ont vu leur rente augmenter ces dernières années en raison de la bonne marche de la Bourse.

– Comment être certain que seuls les cas limités que vous évoquez seront touchés?

– Le rôle de la surveillance sera très important. C'est pour cela que, à terme, il faut envisager une surveillance similaire à celle exercée par la Commission fédérale des banques. Dans le domaine des caisses de pension, il n'y a jamais deux situations identiques. C'est cela qui rend la vue d'ensemble difficile. Deux institutions peuvent avoir le même nombre d'assurés, mais pas le même capital, ni les mêmes classes d'âge. Il n'est pas possible d'avoir des règles absolues.

– Ce que vous demandez à certains retraités représente tout de même une diminution de rente…

– Economiquement, oui. Mais c'est une situation particulière, puisque cette mesure serait une compensation demandée à ceux qui ont profité des bons résultats de la Bourse.

– Les assurés ont un grand sentiment d'insécurité pour l'avenir des rentes. Sont-elles encore assurées?

– Bien sûr. Sauf catastrophe majeure, elles sont assurées pour les rentiers actuels et les rentiers futurs. Cela ne veut pas dire qu'elles sont garanties éternellement à 100% avec l'adaptation systématique au renchérissement. Le sentiment d'insécurité vient du fait que ce prélèvement extraordinaire n'a pas été bien expliqué. C'est une mesure exceptionnelle et subsidiaire à d'autres.

– Parmi ces autres mesures, il est question d'augmenter les cotisations. Est-ce nécessaire si les caisses ne sont plus obligées de disposer en permanence d'une couverture de 100%?

– Dans certains cas non, dans d'autres oui. Si, comme on l'entend dire, le découvert total des caisses est aujourd'hui de 50 milliards, le redressement de la Bourse et des taux d'intérêt ne suffira pas à remettre les pendules à l'heure dans un délai raisonnable. Il faut donc prévoir ce genre de mesures. Mais il n'y a pas lieu de créer la panique. Nous nous donnons un horizon de dix ans pour résoudre le problème.

– L'Union patronale suggère de renoncer à ces mesures et d'agir uniquement sur le taux d'intérêt minimal. Qu'en dites-vous?

– Agir uniquement sur le taux d'intérêt entraîne, à terme, une diminution des rentes. C'est un choix politique.

– L'an dernier, le ministre de l'Economie que vous étiez a défendu l'abaissement des cotisations à l'assurance chômage en annonçant que cela allait libérer un milliard pour la consommation. Aujourd'hui, le ministre de l'Intérieur que vous êtes suggère d'augmenter les cotisations du deuxième pilier. N'est-ce pas contradictoire?

– Je crois qu'il était bien de diminuer les cotisations de chômage, car le revenu extraordinaire ainsi dégagé a redonné une marge de manœuvre pour d'autres prélèvements salariaux en cas d'ennui extraordinaire. Si nous ne l'avions pas fait, les charges salariales s'alourdiraient aujourd'hui. Cette décision était donc une bénédiction du ciel et du gouvernement.