Justice

Le Negusse de Cologny est condamné pour sa fourberie

L’exilé éthiopien est reconnu coupable d’escroquerie par métier pour avoir abusé de la générosité d’une nonagénaire très fortunée. Il écope de trois ans de prison avec sursis partiel

«Un édifice de mensonges.» C’est ainsi que le Tribunal correctionnel de Genève a qualifié la manière avec laquelle Negusse, exilé éthiopien au prénom évocateur de l’époque impériale, a trompé une richissime vieille dame installée à Cologny. En véritable professionnel de la fourberie, le septuagénaire a été reconnu coupable d’escroquerie par métier et condamné à une peine de 3 ans de prison, dont 18 mois ferme. Il aura aussi l’interdiction de s’approcher ou de prendre contact avec sa victime.

Abus de faiblesse

Aux yeux des juges, Negusse a su exploiter le sens inné de la pitié qui caractérise la plaignante afin de s’approprier quelque 3 millions de francs. C'est le montant finalement retenu. Il a faussement justifié son indigence par les conséquences d’une révolution qui remonte à plus de quarante ans. Il a aussi exagéré ses problèmes de santé pour amadouer sa victime et s’est inventé un passé d’homme d’affaires avisé pour asseoir son emprise sur elle tout en se rendant indispensable.

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Influençable en raison de son grand âge et de sa solitude, fragilisée par plusieurs opérations à l’œil et par ses problèmes d’audition, la bienfaitrice, 93 ans aujourd’hui, a fait confiance à cet homme qui a utilisé moult stratagèmes pour retirer et transférer des fonds, se faire acheter des bolides ou encore obtenir des procurations sur les comptes de la nonagénaire. Ce manège a duré près de neuf ans avant qu’un notaire ne tire la sonnette d’alarme.

Un magot caché

La faute de Negusse est qualifiée de lourde. Il y a la durée des méfaits, l’importance du dommage, la trahison, les mobiles égoïstes, l’absence d’empathie pour cette victime qui l’avait accueilli et une mauvaise collaboration à l’enquête. Les juges sont aussi d’avis que l’intéressé a dû dissimuler de l’argent quelque part mais qu’il n’a jamais proposé de rembourser le préjudice. Le verdict relève enfin un mépris des décisions de justice pour avoir ignoré une interdiction de séjour et continué à conduire sans un permis valable.

Après avoir longuement hésité, le tribunal a finalement opté pour une peine compatible avec le sursis partiel. Negusse, détenu depuis le 16 août 2016 et pas très en forme, a encore environ 8 mois à purger. Il ne devra plus s’approcher de la nonagénaire mais il devra lui payer une lourde facture civile.

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