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La neige alourdit le dispositif sécuritaire à Davos

Cette année, 4377 militaires seront déployés, dont 1610 au sol et 2580 dans les airs. Des effectifs comparables à ceux de l’édition précédente du WEF. Mais les intempéries compliquent le travail des forces de l’ordre

La neige tombe à gros flocons sur Davos, elle forme des tas au bord des trottoirs, ralentit les piétons et le flux de voitures aux vitres noires, s’immisce dans les cols des manteaux et jusque dans les plans du commandant de la police cantonale des Grisons. Walter Schlegel présentait lundi le dispositif de sécurité pour la 48e édition du Forum économique mondial (WEF). Cette année, notamment en raison des intempéries, il faudra prévoir des coûts plus élevés, jusqu’à 9,5 millions au lieu des 9 millions estimés dans un premier temps. Le niveau d’alerte étant classé en catégorie 3 (menace extraordinaire), c’est la Confédération qui prend en charge le dépassement du budget, plafonné à 8 millions.

Cette année, 4377 militaires seront déployés, dont 1610 au sol et 2580 dans les airs – 93% d’officiers de milice, précise Walter Schlegel. Des effectifs comparables à ceux de l’édition précédente du WEF (4800 soldats). L’armée est responsable principalement de la sécurité en périphérie et au-dessus de Davos. Durant toute la durée de l’événement, l’espace aérien sera fermé sur 46 kilomètres à la ronde. Des contrôles sont prévus le long des voies d’accès terrestres, routiers et ferroviaires. Dans la commune même, des policiers de toute la Suisse viendront en renfort de la police cantonale grisonne. Leur nombre n’est pas connu.

Les intempéries compliquent l’accès à Davos, où 2500 participants de quelque 90 pays, issus du monde économique, politique, scientifique ou culturel sont attendus entre le 22 au 26 janvier. En raison des risques d’avalanche liés aux chutes de neige, les chemins de fer rhétiques ont dû interrompre dimanche et lundi la circulation sur certaines lignes régionales. Mais la neige met aussi à mal d’autres plans: c’est elle que la commune invoque pour justifier le rejet de la demande de manifester du «comité contre le trumpisme», au grand dam des militants.

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«La venue de Donald Trump représente un défi»

La venue annoncée du président américain ne cristallise pas seulement le mécontentement des activistes anti-WEF. Elle est aussi au cœur de l’attention médiatique et des questions sécuritaires. Sa présence s’accompagnera d’une imposante délégation, sans doute comparable à celle de l’ancien président Bill Clinton lors de sa venue à Davos en 2000 (1500 personnes). Les forces de l’ordre helvétiques sont en «dialogue intensif» depuis deux semaines avec les services secrets américains, pour mettre en place le dispositif sécuritaire. Les Américains ont des demandes particulières, souligne le commandant, sans entrer dans les détails: «Nous essayons d’y répondre dans la mesure du possible, mais c’est la police qui fixe les limites des activités des services secrets étrangers sur le sol suisse.» Ainsi par exemple, les hélicoptères américains ne pourront pas être armés. Et chaque individu doit posséder une autorisation avant de pouvoir entrer en Suisse.

Enjeu électoral

«La venue Donald Trump représente un grand défi», concède Walter Schlegel. Le commandant nuance toutefois son impact sur le dispositif sécuritaire, comparable à celui de l’an dernier, marqué par la venue du président chinois Xi Jinping. Le degré d’alerte avait déjà été relevé au niveau 3 en 2015, pour tenir compte de menaces telles qu’attentats ou drones. «La sécurité du président américain suit un protocole où qu’il aille, que ce soit à Chicago ou à Davos, souligne Wolfgang Krieger, spécialiste allemand des services secrets. Un commando se rend avant son arrivée sur place pour vérifier la sécurité de tous les lieux qu’il fréquentera. Puis il se déplace avec l’équipe chargée de sa sécurité ainsi qu’une petite équipe médicale réparties dans plusieurs limousines et hélicoptère envoyés sur place.» Les Etats-Unis ont une longue histoire d’attentats contre leurs présidents, rappelle l’historien: quatre d’entre eux ont été tués en fonction.

La neige, les activistes et les exigences des services secrets américains ne sont pas les seuls paramètres dont Walter Schlegel doit tenir compte. Cette année, le commandant de la police cantonale joue aussi sa popularité, lui qui s’est porté candidat aux élections cantonales grisonnes en juin. Son parti, l’UDC, compte bien miser avec lui sur la carte de la sécurité.

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