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La neige tardive, coup dur pour les stations de moyenne montagne

La générosité de l’hiver 2017/2018 a sauvé les comptes de nombreuses petites stations. Mais en décembre, le sursis accordé à Charmey a rappelé l’urgence de la situation: les remontées mécaniques déficitaires doivent changer de modèle

La neige arrive enfin jusqu’en plaine. Mais l’or blanc arrive tard. De nombreuses stations de moyenne montagne n’ont pas pu fonctionner durant les vacances de Noël.

Un nouveau coup dur qui devient une habitude, tant les hivers sont irréguliers et, parfois, peu généreux. Par rapport aux années 1970, l’enneigement commence aujourd’hui en moyenne 12 jours plus tard et se termine 25 jours plus tôt. La saison 2017/2018, particulièrement favorable, a pourtant soulagé les exploitants. Après Super Saint-Bernard (en 2010) et Isenau (en 2017), qui ont débranché leurs installations, plus personne ne parlait vraiment de tirer la prise.

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Tout a changé à mi-novembre quand la population de Val-de-Charmey a brisé un tabou en refusant de financer les pertes des remontées mécaniques. Le sort de la station fribourgeoise n’est pas encore scellé, un plan de survie a été lancé. Mais à quel point est-il solide? Pour combien de temps?

Y aura-t-il encore des skieurs?

Les mêmes questions se posent ailleurs qu’à Charmey, dans un contexte de réchauffement climatique et de changement des habitudes, notamment chez les jeunes et les nouveaux immigrants. «La question n’est pas de savoir s’il y aura encore de la neige, mais s’il y aura encore des skieurs», lance le consultant genevois Laurent Vanat.

Une fréquentation qui recule, mais des installations qu’il faut rénover, voire renouveler. «Nous n’avons pas un problème de rentabilité mais de chiffre d’affaires, nuance Sébastien Travelletti, le président de Télé Anzère. Nos revenus restent insuffisants pour couvrir nos charges fixes. Les gens ne se rendent pas compte du travail à réaliser pour préparer un domaine.»

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Anzère n’est pas un cas isolé. Dans les Alpes valaisannes, fribourgeoises ou dans le Jura, les stations qui gagnent de l’argent sont surtout celles qui peuvent compter sur d’autres revenus. A Nax par exemple, «sans les restaurants, ce ne serait pas viable», lance le président de Télé Mont-Noble, Fred Pont.

Regrouper les services

Tous les initiés évoquent cette même solution: les regroupements. Si les remontées mécaniques attirent les touristes dans les villages d’altitude, elles n’en récoltent presque pas les fruits. «Un visiteur dépense 30% de son budget pour l’abonnement et 70% pour le logement, la nourriture, le matériel…» Pour Sébastien Travelletti, c’est donc une évidence: rassembler sous une même entité remonte-pentes, hôtels, restaurants et certains commerces permettrait à bien des entreprises de devenir bénéficiaires.

«Rester seuls n’est pas une solution.» Olivier Gaspoz, administrateur de Télé Evolène, est du même avis. Mais lui évoque les rapprochements avec d’autres stations. Evolène, Arolla et La Forclaz (déjà regroupés dans la structure espace Dent-Blanche), font désormais partie du Magic Pass. L’avantage s’est tout de suite fait sentir cet été. «Le Magic Pass nous amène de la visibilité, donc de la clientèle.»

«On y croit»

Reste que dans le secteur, la rentabilité est une exception. «Ce problème est plus marqué pour les entreprises de taille moyenne, précise Bruno Galliker, porte-parole des Remontées mécaniques suisses (RMS). Le tiers supérieur et le tiers inférieur, en taille, sont les plus rentables.»

Du côté de l’Arc jurassien, on se montre serein. «On y croit», assure Philippe Duvoisin, municipal des Sports de Sainte-Croix et membre du comité de la Société des remontées mécaniques du Balcon du Jura vaudois. Il ne cache pas les difficultés d’une station culminant à 1580 mètres. Après une saison 2016/17 catastrophique, la société a dû demander une aide publique. Depuis, elle s’est remise en selle, en proposant notamment un abonnement annuel à 99 francs et un tarif à l’heure.

A Neuchâtel, une station «hors neige»

L’optimisme est aussi de mise aux Bugnenets-Savagnières, à cheval sur les cantons de Neuchâtel et de Berne. «Ne pas ouvrir durant les Fêtes a représenté un manque à gagner de 30% reconnaît son administrateur, Serge Rohrer. Mais la saison dernière fut la 4e meilleure depuis près de vingt ans.» La société va même inaugurer un nouveau téléski pour débutants. «Nous travaillons dans un secteur qui, peut-être dans trente ans, aura disparu. Mais pour l’heure, notre volonté est d’offrir la possibilité de skier dans notre région.»

D’autres cependant ne veulent pas attendre. Il y a douze ans, la station neuchâteloise Buttes-La Robella a fait le choix de la reconversion et est devenue une «station hors neige». Son président, Jacques Haldi: «Nous n’investissons plus que dans le tourisme estival: VTT, trottinette tout-terrain, mountainboard…» La station fait dorénavant plus de la moitié de son chiffre d’affaires en été. «Ouvrir les installations en hiver, c’est la cerise sur le gâteau.»

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