Gris et massif, le bâtiment semble flotter sur l'épaisse couche de neige qui recouvre la zone industrielle des Eplatures, à La Chaux-de-Fonds. A l'intérieur, 4000 m2 de surfaces utiles libèrent des effluves de peinture fraîche. Cela ne durera pas: ces prochaines semaines, la toute jeune société Adamant Technologies, active dans l'épuration et la purification de l'eau, sera le premier spin-off à investir le nouvel écrin chaux-de-fonnier de Neode, le Parc scientifique et technologique neuchâtelois. D'autres suivront, imitées plus tard par la Haute école Arc ingénierie et le Centre d'analyse par faisceaux ioniques (CAFI).

Pour marquer le coup avant l'inauguration officielle, prévue le 11 juin prochain, le chef de l'Economie, Bernard Soguel, a symboliquement remis les clés du site hier matin à Pierre-Olivier Chave, président du conseil d'administration de Neode. Devant une centaine d'invités, le ministre socialiste a souligné l'importance du nouveau bâtiment, appelé à compléter les locaux déjà utilisés au Centre suisse d'électronique et de microtechnique (CSEM) de Neuchâtel.

Créé en 2003, opérationnel depuis 2004 avec l'encadrement de dix jeunes sociétés, Neode devrait continuer son extension ces prochains mois. «Nous comptons accueillir entre 8 et 10 start-up par année», indique Pierre-Olivier Chave, 61 ans, qui consacre un à deux jours par semaine à la structure en parallèle de son activité à la tête de PX Holding.

Pour l'industriel chaux-de-fonnier, il en va de l'avenir économique de l'Arc jurassien: «Avec la globalisation des marchés, nous nous trouvons sous la pression de l'Europe de l'Est et de la Chine. Pour résister, nous devons passer d'une culture de la production à une culture de l'innovation. C'est le seul moyen de conserver notre tissu de PME. Dans cette optique, Neode constitue un outil important.»

Course contre la montre

Reste, désormais, à gagner ce qui s'apparente à une course contre la montre. Dans sa quête d'idées à forte valeur ajoutée, le canton de Neuchâtel n'hésite pas à ratisser large. Les scientifiques qui constituent les forces vives de Neode viennent ainsi souvent de l'étranger, à l'image de Philippe Rychen, directeur d'Adamant Technologies.

Arrivé il y a cinq ans au CSEM pour développer le programme «traitement de l'eau et diamant», cet Alsacien de 41 ans mène une équipe de cinq personnes hautement qualifiées. Satisfait par le «coup de pouce» que lui offre Neode, notamment en matière de management grâce à son coach-directeur Claude Amiguet, il croit en l'essor de sa société. Il voit ainsi d'un bon œil l'installation à La Chaux-de-Fonds, où il existe de la place pour une éventuelle extension future. Seul point noir: bien que financé par l'Etat de Neuchâtel, le déménagement devrait induire une perte d'exploitation de 200 000 à 300 000 francs.

Philippe Rychen, dont la famille réside toujours en Alsace, espère que sa société volera de ses propres ailes à l'horizon 2008-2009. Restera-t-elle dans le canton de Neuchâtel? «Il faudra discuter de la fiscalité et du coût de l'énergie, indique, prudent, le patron d'Adamant Technologies. Il faudra aussi voir ce que nous proposent des cantons comme le Jura ou Soleure, par exemple…»

Pour mieux faire face à cette concurrence, l'Etat de Neuchâtel entend attirer des fonds privés dans le capital de Neode SA. «L'idée est de dire aux entreprises: «Venez, et vous aurez un accès privilégié à la recherche et à l'innovation», avance Pierre-Olivier Chave. Aujourd'hui, le canton paie les locaux et le coach, soit 1,2 million de francs par an. D'ici à 2010, on souhaite avoir réduit ce montant de moitié et dégager un chiffre d'affaires de 2 millions de francs.»