Stéphanie Hüsler

Née le 7 février 1985 à Neuchâtel, avocate

«Quand je suis née, ma mère avait 20 ans. Elle a donc pu voter dès sa majorité (ndlr: la majorité civique a été abaissée à 18 ans en 1996). En tant que juriste, je suis avec intérêt ce qui se passe parce que les lois votées devront être appliquées.

Je regrette le fort taux d’abstention. Les citoyens, hommes ou femmes, ne se rendent pas compte de la chance qu’ils ont de vivre dans une démocratie directe. Je vois plusieurs causes à l’abstention féminine, notamment une éducation encore ancrée dans des valeurs traditionnelles, ou les cours d’éducation civique d’un ennui total. Les objets soumis au vote sont souvent complexes, il est difficile d’en mesurer les conséquences. Par exemple, sur les minarets ou l’imprescriptibilité des crimes sexuels, seuls les juristes se sont inquiétés de leur applicabilité. Lors des débats télévisés, on parle beaucoup des votations, mais de manière superficielle. Il faudrait expliquer l’objet sans entrer tout de suite dans les guerres partisanes et les batailles de chiffres qui embrouillent les esprits.

Ma génération a un grand rôle à jouer dans l’éducation qu’elle va donner à ses enfants. C’est avant tout par l’exemple que les valeurs, notamment l’égalité entre hommes et femmes, sont transmises.»

Flavia Wasserfallen

Née le 7 février 1979 à Berne, élue socialiste au Grand Conseil bernois

«C’est durant mes études en sciences politiques à Berne que j’ai réalisé à quel point le vote féminin était récent. A l’étranger, pendant mes études on m’a toujours parlé avec fascination de ce pays qui dispose de la démocratie directe mais qui s’y est pris si tard pour accorder le droit de vote aux femmes. Quand je regarde des affiches de campagne contre le suffrage féminin, avec leurs arguments absurdes, cela me paraît inimaginable. Mais nous avons eu récemment un Conseiller fédéral (ndlr: Hans-Rudolf Merz, d’Appenzell) venu d’un canton qui a combattu le vote des femmes jusqu’en 1990. Nous ne devons pas l’oublier.

J’ai toujours vécu avec ce droit, et chez moi, l’engagement politique et le partage des tâches étaient une évidence: ma mère était conseillère communale socialiste, et j’ai grandi avec des modèles de femmes fortes, comme ma propre mère, ou Simonetta Sommaruga, que j’admire.

Les femmes ont besoin de comprendre qu’en votant, elles peuvent influencer le cours des choses. Et ces modèles de femmes fortes peuvent les y aider. La majorité féminine au Conseil fédéral n’est qu’une pièce du puzzle. Il faut plus de femmes à des postes clés, dans les banques, les entreprises.

Aujourd’hui, nous n’avancerons pas si nous sommes les seules à nous battre. Les hommes aussi doivent s’engager. Mon compagnon est totalement investi dans l’éducation et le temps passé avec notre petite fille. Cet anniversaire est une chance de voir où nous en sommes, mais il reste beaucoup à faire. Les besoins restent beaucoup plus grands que les possibilités

Antonio Hodgers Né le 7 février 1976 à Buenos Aires (Argentine), conseiller national (Verts/GE)

«C’est à l’école, en cours d’éducation civique, que j’ai appris que le droit de vote avait été accordé si tard aux Suissesses. Quand je pense à quel point c’était récent, sans parler de celles qui ne pouvaient toujours pas voter dans certains cantons, cela paraît aberrant. Et d’autant plus surprenant pour moi qui venais d’Argentine: ce pays macho a accordé le droit de vote aux femmes en 1947. Les Argentines ont été très marquées par la femme forte et libérée qu’était Evita Perón. D’ailleurs, il y a beaucoup de chansons de tango où c’est la femme qui mène le bal…

Autour de moi, je vois beaucoup de jeunes femmes engagées pour lesquelles la discrimination n’est plus un thème porteur. Elles ont le sentiment que c’est acquis. Il est évident que le féminisme doit se redéfinir, mais elles sous-estiment peut-être ce qui reste à accomplir. La transmission femme-femme est essentielle à mes yeux.

C’est évidemment dommage que tant que de gens et notamment les jeunes, qu’ils soient homme ou femme, se désintéressent de la politique. Depuis la fin de la Guerre froide et l’essor de la globalisation, on a l’impression que la politique ne peut pas régler les problèmes structurels. Du coup, cela n’attire pas les citoyens aux urnes. Mais on peut y voir aussi le signe que les choses vont plutôt bien en Suisse.»

Hélène Prince

Née le 7 février 1971 à Lausanne, pédiatre indépendante

«Et voilà qu’Hélène fait son apparition un dimanche à 22h45! Jour historique où le droit de vote lui est accordé, ainsi qu’à sa mère et à sa sœur.» Ces mots, ma mère les a écrits dans mon livre de naissance. Et elle a profité de ce droit dès qu’elle a pu. De mon côté, je devais avoir 10 ans quand j’ai réalisé que c’était si récent…

C’est là que je mesure le chemin parcouru. Je ne suis pas une acharnée de la politique, pas une militante, mais je me tiens informée. Je vote surtout lors des votations fédérales, sur les thèmes de société et ceux qui touchent directement à mon domaine. Sur les armes, j’ai déjà voté.

J’ai été inspirée par ma mère, qui a toujours travaillé, et, lors de mes études de médecine, par des femmes extraordinaires qui ont réussi à allier carrière et vie de famille dans un milieu masculin, comme les pédiatres Claire-Lise Fawer ou Judith Hohlfeld. Moi-même, j’ai dû me battre contre cette idée qu’un médecin ne pouvait pas exercer à temps partiel, car cela l’empêcherait de se consacrer totalement à ses patients. J’ai réussi à trouver un équilibre grâce à la maman de jour et à mon mari, qui s’est occupé de nos garçons, qui ont aujourd’hui 9 et 5 ans, quand j’avais des gardes. Mais le manque de structures d’accueil reste criant en Suisse.

Si je revendique le droit des femmes à travailler alors qu’elles ont des enfants, j’admire aussi celles qui sont mères au foyer à temps plein. L’idéal serait que la culpabilité liée au choix n’existe plus.»

Annik Dubied

Née le 7 février 1971 à Bienne, sociologue

«Ma mère m’a raconté en riant que le résultat de la votation était déjà connu quand je suis arrivée, le dimanche soir, et qu’elle était heureuse d’avoir mis au monde une fille ce jour-là. J’ai un frère aîné, et je n’ai jamais senti de différences de traitement entre nous. L’égalité a toujours été pour moi une évidence, que j’espère transmettre à mon fils, qui a 2 ans. Il m’a fallu prendre mon indépendance pour réaliser les changements survenus; plus que le droit de vote, c’est le fait que les femmes mariées ne pouvaient pas ouvrir de compte en banque sans l’autorisation de leur mari qui m’a frappée. Comme si elles n’étaient pas capables de disposer d’elles-mêmes.

Je vote, mais pour des raisons qui vont au-delà de la question de genre. Je le fais comme je paye mes impôts, parce que je suis citoyenne de ce pays, que je participe à la vie de la collectivité.

Le contexte social et le parcours personnel ont une influence déterminante sur la manière dont on s’investit ensuite dans la vie publique. Moi-même, j’ai conscience d’avoir eu de la chance, d’avoir grandi dans un univers privilégié, notamment en matière d’égalité des sexes. La jeune génération est confrontée à un avenir difficile et complexe, elle est parfois convaincue que ce qu’elle pourrait dire par son vote ne servirait à rien. Pour les jeunes femmes, c’est aussi très difficile de concevoir que le droit de vote féminin est aussi récent et que les acquis actuels ne vont pas de soi. Dès lors, en parler est utile. C’est par le concret qu’on en vient à la vie politique.»

Robert Cramer

Né le 7 février 1954 à Amsterdam (Pays-Bas), conseiller aux Etats (Verts/GE)

En 1971, j’approchais de la majorité civique, j’étais déjà engagé politiquement. Je me souviens surtout de l’incongruité de cette impossibilité de voter pour les femmes. Nous avions vécu Mai 68, ce débat apparaissait complètement absurde et archaïque aux yeux de ma génération. Pour ma famille aussi, plutôt conservatrice, le droit de vote allait de soi. C’était d’autant plus aberrant qu’à Genève par exemple, les femmes pouvaient déjà voter sur les plans communal et cantonal.

Que les citoyens et citoyennes choisissent de ne pas voter ne me dérange pas plus que ça. Le droit de vote est, précisément, un droit, et non un devoir. Je suis plus préoccupé par la régression actuelle des valeurs d’égalité. Bien sûr, de grands progrès ont été réalisés sur le plan des droits civiques, du travail notamment, mais nous assistons actuellement à un retour en arrière autour des questions sociales. Voyez ces clips à la limite du porno dans lesquels les filles ne sont que des esclaves sexuelles. Cette opposition entre la sainte et la pute nous ramène au début du XXe siècle! Les femmes ont le droit de vivre une sexualité qui ne soit pas fondée sur des codes de soumission et d’oppression. Leur combat n’est pas terminé.

Valérie Surdez

Née le 7 février 1971 à Boudevilliers (NE), mère au foyer

«Mon arrivée était prévue plus tard, mais le hasard a bien fait les choses!

Ma fille aînée, qui a 7 ans, m’a demandé pourquoi nous allions être dans le journal. J’ai essayé de lui expliquer que parfois, il y a des choses à changer dans le pays et que l’on nous demande notre avis. Je n’ai pas trop le temps de suivre l’actualité, mais mon mari s’informe beaucoup par la télévision et la radio, et nous en discutons ensemble. Si je suis d’accord, il remplit mon bulletin et je le signe, mais j’ai évidemment mon avis. Notamment sur les votations qui concernent directement les femmes. Par exemple, sur le congé maternité, il ne fallait pas qu’il me dise non! C’est vrai que nous sommes très souvent sollicités, et que parfois, l’une ou l’autre votation me passe sous le nez.

Globalement, la situation des femmes s’est améliorée, mais il reste encore des inégalités, notamment au niveau des salaires. Avec l’Office fédéral de la statistique, j’avais un employeur en or, très conciliant sur les temps partiels. A la naissance de ma première fille, je suis passée à 50%, puis à 40% pour la deuxième, qui a maintenant 5 ans. Mais quand les jumelles sont arrivées, j’ai arrêté. Je dois trouver l’équilibre entre mon bien-être personnel et celui de la famille. C’est très compliqué de s’organiser pour la garde et de s’y retrouver financièrement. J’ai envie de profiter de mes filles. Elles grandissent si vite. Nous leur apprendrons à connaître leurs droits et à se battre. A ne pas se laisser faire.»

Sabine Ratzenberger

Née le 7 février 1965, double nationalité, ressources humaines

C’est vous qui m’apprenez que cela ne fait que 40 ans que les Suissesses peuvent voter.

Je ne suis pas d’origine suisse, mais uruguayenne et française, et je vis en France voisine. Mais j’ai acquis la nationalité helvétique par mariage et je peux voter par correspondance. Il m’arrive donc de me prononcer sur des sujets que j’estime importants, notamment sur l’adhésion de la Suisse à l’UE, ou qui sont liés à ma profession, par exemple sur les assurances sociales. De toute façon, je pense qu’il y a trop de votations, sur trop de sujets. Est-ce réellement nécessaire?

Quant au taux d’abstention chez les femmes, je pense qu’il faut toujours du temps pour assimiler les changements et ancrer les habitudes dans les mentalités.