La hache de guerre est loin d'être enterrée entre le promoteur Nessim Gaon et le Parquet genevois. Une nouvelle bataille a été menée mercredi dans ce conflit qui dure depuis plus de six ans. Devant la Chambre d'accusation, les avocats du groupe Noga, Mes Marc Bonnant et Michel Halpérin, ont recouru contre le classement des poursuites dans le cadre de la désormais célèbre affaire de l'expert qui voulait piéger le financier. Une occasion bien sûr pour la partie civile d'attaquer l'ancien procureur et actuel juge d'instruction Laurent Kasper-Ansermet pour son rôle d'inspirateur. Une occasion aussi pour le procureur général Bernard Bertossa de fustiger le parti qu'a su tirer Nessim Gaon de «cette intervention malheureuse» en se faisant passer pour une victime. «Je constate que l'intéressé se porte bien. C'est le contribuable genevois qui paye ses dettes», relève le magistrat.

Traquenard avorté

L'expert, engagé en son temps par Laurent Kasper-Ansermet pour enquêter sur la situation financière de Noga, a bien tenté de piéger Nessim Gaon en l'incitant par l'intermédiaire d'un tiers à une manœuvre de corruption. La thèse de ce traquenard avorté constitue l'unique point sur lequel les parties s'accordent. Pour Bernard Bertossa, le comportement de l'expert est comparable à celui d'un agent provocateur qui a échoué. De ce fait, il ne peut être puni pour une tentative de corruption passive qu'il n'avait pas l'intention de commettre. Quant au complice, qui croyait participer à un véritable chantage en proposant aux représentants de la société un rapport favorable contre espèces sonnantes et trébuchantes, son action est certes moralement condamnable mais non punissable à défaut d'avoir été efficace. Classées aussi, les infractions ayant trait à la soustraction de documents confidentiels. L'utilisation par l'expert de ces pièces n'a pas causé de préjudice considérable à Noga dont le crédit était déjà en chute libre, estime le magistrat. Quant aux charges retenues contre l'ancien comptable de la société, suspecté d'avoir dérobé lesdits documents, celles-ci sont jugées trop ténues. En faveur de ce comptable, Me Robert Assaël a demandé un non-lieu.

«Noga a le sentiment profond d'un déni de justice. Il est intolérable que de tels comportements ne soient pas sanctionnés», souligne Me Bonnant, tout en regrettant un peu de plaider contre des subalternes. Tout cela ne se serait pas produit sans l'obsession du «maître du dossier», de «l'absent», relève la partie civile, en déplorant une fois encore la décision du Grand Conseil refusant de lever l'immunité d'un Laurent Kasper-Ansermet dont l'idée fixe était bien de faire tomber Nessim Gaon. Dans le même esprit mais à des fins opposées, l'avocat de l'expert qualifie son client de «cocu du Parquet». Honnête, serviteur loyal, mais parfois outrancier, de cette justice, ce dernier demande une réhabilitation qui soit à la hauteur de la trahison. Donc un non-lieu. «A défaut d'être blanchi, l'expert a droit à un procès, poursuit Me Christian Lüscher, il ne faut pas laisser ce dossier tomber dans les oubliettes de l'histoire.» «Il est absurde de penser que Laurent Kasper-Ansermet ait pu concevoir ou approuver un piège aussi stupide, il est tout aussi absurde de penser que celui-ci aurait pu fonctionner, rétorque le procureur général. Je vous demande qui a trahi qui dans cette affaire?» Un dossier que Bernard Bertossa résume à l'erreur d'un procureur dans le choix de son expert, au zèle intempestif de ce dernier et surtout à l'exploitation d'un dérapage par ceux qui prétendent être des victimes. La décision des juges sera rendue ultérieurement.