Pour exiger de la chimie bâloise qu'elle nettoie la décharge de Bonfol, le gouvernement jurassien disposait d'un instrument législatif tout neuf: l'ordonnance fédérale sur les sites contaminés, en vigueur depuis le 1er octobre 1998.

Ces dispositions ont été conçues en vue de l'assainissement des sites les plus pollués en Suisse. Philippe Roch, directeur de l'Office fédéral de l'environnement, des forêts et du paysage, est déterminé à tout entreprendre pour atteindre cet objectif.

Le Temps: On parle beaucoup de Bonfol. Pourtant ce n'est pas le seul site contaminé. Combien en dénombre-t-on en Suisse?

Philippe Roch: Un site est contaminé lorsqu'il est pollué par des déchets. On estime qu'il y en a 50 000 en Suisse, dont 3 000 qui devront absolument être assainis.

Parmi les plus importants se trouve Bonfol, mais la situation de Kölliken, en Argovie, est encore plus préoccupante. On dénombre encore une dizaine de sites assez dangereux. L'urgence incite à vider et recycler la totalité de ces décharges qui sont le résultat d'une absence de politique pour assurer sur le long terme la qualité de l'environnement. Des procédés d'élimination devront être recherchés.

– Selon vous, dans combien d'années les principaux sites contaminés seront-ils assainis?

– D'ici 10 à 15 ans. Même si dans l'immédiat il n'y pas de danger de pollution pour la majorité des décharges, la volonté politique est de les évacuer. Il est inutile d'attendre encore des dizaines d'années pour assainir, car chaque année les risques de pollution augmentent.

Dans le cas de Bonfol, le gouvernement du Jura a fixé l'assainissement à cinq ans. Si huit années sont nécessaires, ce n'est pas grave. L'important est de prendre la décision, puis de mettre en œuvre les moyens nécessaires pour respecter l'ordonnance fédérale.

– Quel sera le coût de cet assainissement général?

– Il est difficile à estimer, car pour chaque site il faut évaluer la nature des produits à traiter. Disons que cela coûtera entre 3 et 4 milliards de francs. On paye aujourd'hui les négligences du passé.

– L'ordonnance fédérale a instauré le principe du pollueur-payeur. Si le responsable n'est pas identifié, qui paiera l'assainissement?

– Le Conseil fédéral a justement discuté de cette question cruciale lors de sa séance de mercredi dernier (Le Temps du 6 avril). Un fonds spécial sera créé pour éviter de renoncer à des assainissements importants lorsque l'entreprise a fait une faillite et n'existe plus. Il sera alimenté par une nouvelle taxe.

Les entreprises et les collectivités devraient payer dès le 1er janvier 2001 une taxe environnementale prélevée dès qu'elles entreposent certains déchets, excepté les produits inertes du genre débris de construction.

– Grâce à son ordonnance sur les sites contaminés, la Suisse fait figure de pionnière en Europe dans le domaine du développement durable…

– Effectivement, nous sommes très en avance dans cette obligation d'assainir. Les efforts en matière de développement durable s'expriment à plusieurs niveaux.

C'est le cas avec l'aide fédérale pour une agriculture plus proche de la nature, mais aussi dans le domaine des transports. L'option politique ferme de la Suisse pour le trafic transalpin faisait réagir l'Europe de manière très agressive. Mais cette volonté politique exprimée par le peuple avec l'initiative des Alpes a fini par se développer en Europe. Et aujourd'hui, on constate que les pays voisins souhaitent adopter notre politique de transport.