Toujours plus près du canton de Vaud et de l'Arc lémanique. Tel semble être le mot d'ordre du Conseil d'Etat neuchâtelois qui s'est constitué en mai 2001, qui se traduit déjà par de nombreux projets, réalisés ou en chantier. Que cela soit la création du Development Economic Western Switzerland (DEWS) qui regroupe depuis un an la promotion économique extérieure des deux cantons; le transfert progressif de la Faculté de sciences économiques de l'Université de Neuchâtel vers celle de Lausanne; les collaborations entre l'Ecole polytechnique fédérale et le centre de recherche neuchâtelois de microtechnique; plus des collaborations dans le domaine des services publics, (laboratoires en matière d'analyses, offices de la statistique ou polices de la navigation).

Pour le Conseil d'Etat neuchâtelois, c'est un virage à 180 degrés. Jusqu'ici, il n'avait d'yeux que pour l'Espace Mittelland, et plus précisément le Jura, Berne et Fribourg. Ce changement de cap soudain suscite l'interrogation des députés radicaux du Grand Conseil. Après avoir interpellé le Conseil d'Etat, ils attendent des éclaircissements qui devraient être apportés ce mardi.

Alliances alémaniques

Yves Morel, député radical du district de La Chaux-de-Fonds, se demande «si ce coup de barre en direction du canton de Vaud est pertinent puisque nous n'avons pas forcément les mêmes caractéristiques. Sur le plan économique, l'Arc lémanique est performant dans le tertiaire alors que nous le sommes dans la microtechnologie comme le Jura bernois et le Jura». Du même parti politique, Raphaël Comte n'est pas opposé à un rapprochement avec le canton de Vaud. Mais il regrette que pendant ce temps les projets avec l'Espace Mittelland, telle l'alliance universitaire BeNeFri, soient mis en veilleuse: «Pour avoir du poids au niveau fédéral, il faut être regroupé. L'Espace Mittelland nous ouvre les portes vers le bilinguisme et la Suisse alémanique.»

Au sein des autres parti politiques, le rapprochement valdo-neuchâtelois ne provoque pas de craintes. Michel Barben, chef du groupe libéral PPN au Grand Conseil, estime justifié le développement des collaborations intercantonales avec les Vaudois, si celles-ci peuvent bénéficier à l'ensemble du canton. Toutefois, il suggère au Conseil d'Etat «de ne pas mettre tous les œufs dans le même panier». Alain Bringolf du Parti ouvrier et populaire (POP) approuve ces relations. «Aujourd'hui, il faut éviter la concurrence avec les autres cantons, donc la mise en commun des intérêts peut être bénéfique. Avec l'Espace Mittelland, les rencontres étaient bien sympathiques, mais cela n'allait pas beaucoup plus loin.»

Le conseiller d'Etat Bernard Soguel, l'un des principaux artisans de cette nouvelle orientation, se veut rassurant: «Notre ouverture vers l'Arc lémanique ne signifie pas que nous faisons la tête aux autres. Nous avons également des collaborations avec Berne, notamment avec son école de vétérinaire, ou avec Fribourg pour notre projet d'union de nos entreprises électriques», cite en exemple le conseiller d'Etat socialiste. Le chef du Département de l'économie regrette que son canton se soit longtemps méfié de l'ouest de la Suisse: «Dans notre pays, il y a deux centres économiques, Zurich et l'Arc lémanique. Il est important de constater que le dynamisme et le renouvellement industriels se font autour des deux écoles polytechniques fédérales. La concurrence est rude. C'est bien que Neuchâtel renforce sa coopération avec le pôle économique le plus important de Suisse romande. Il vaut mieux collaborer avec nos cantons voisins qu'être en compétition.»