En février dernier, les conseils généraux (parlements) de Neuchâtel et de La Chaux-de-Fonds s'étaient opposés à l'élection du conseil communal (exécutif) par le peuple au système proportionnel. Dans les deux villes, la droite, soutenue par l'extrême gauche dans une alliance de circonstance, avait emporté la décision, au grand dam des socialistes (LT des 5 et 21 février). «Père» de la constitution cantonale adoptée en septembre 2000, qui initie un élargissement des droits populaires sans toutefois l'imposer, Jean Studer avait stigmatisé ce choix. Pour le conseiller aux Etats socialiste, il consacre la survivance d'un cas unique en Suisse et représente «une monopolisation peu respectueuse de la confiance qu'on est prêt à reconnaître, dans ce pays, à l'expression populaire».

Leur déception à peine ravalée, les battus des deux villes avaient émis l'idée de lancer une initiative populaire. Hasards du calendrier, ils ont présenté hier – à quelques heures et quelques kilomètres d'intervalle – le lancement de leur récolte des signatures. «En trois mois, nous devons en comptabiliser environ 3500, soit 15% du corps électoral», précise Patricia de Pury, membre d'un comité d'initiative neuchâtelois à 100% PS. Un objectif qu'elle juge tout à fait réalisable. «Si nous y parvenons, le Conseil communal aura six mois pour déposer son rapport. Mais nous lui demanderons d'être rapide: notre objectif est de voir le peuple se prononcer cette année encore, dans l'espoir que les élections communales de 2004 puissent se dérouler sous le nouveau régime.»

A La Chaux-de-Fonds, la récolte des signatures commencera avec deux jours de retard sur le chef-lieu, la publication de l'initiative dans la Feuille officielle n'intervenant que vendredi. Pour le reste, les données sont les mêmes. Sur la forme comme sur le fond. Les membres du comité d'initiative chaux-de-fonnier (PS et Ecologie & Liberté) ont souligné que le refus des radicaux, des libéraux et des popistes de promouvoir un mode d'élection directe n'avait pas eu pour unique conséquence d'entraîner le statu quo: il avait aussi fermé la porte à une consultation automatique du peuple. En cas de oui, le référendum aurait en effet été obligatoire. Dans cette situation, ne restait plus que l'arme de l'initiative. «Ne laisser aucune possibilité à cette campagne de se dérouler nous était insupportable», justifie l'écologiste chaux-de-fonnier Patrick Erard. «La Constitution laissait le choix aux populations des communes, continue le socialiste Cédric Schweingruber, coprésident du comité chaux-de-fonnier. Pas à leurs exécutifs.»

Cette parenthèse refermée, les initiants ont énuméré point par point les vertus qu'ils prêtent à leur initiative. Selon eux, l'élection du Conseil communal par le peuple au système proportionnel est «un idéal démocratique qui oblige les élus à tenir compte de l'opinion publique». Avec une élection directe, les candidats sont aussi contraints «d'avoir un vrai programme». Elle évite également «les parachutages d'élus inconnus des électeurs et la cuisine interne entre les partis». Enfin, elle permet aux citoyens d'avoir «un vrai contrôle» sur ceux qui vont les représenter. «Pour les petites communes, je comprends le statu quo, analyse Jean Studer. Il est en effet difficile de trouver des gens de bonne volonté pour accomplir des tâches souvent administratives. A La Chaux-de-Fonds et à Neuchâtel, en revanche, ce sont des pros. C'est une tout autre responsabilité.»

Ailleurs dans le canton, l'objet ne retient pas encore l'attention, à en croire la Chancellerie cantonale. Il existe néanmoins quelques exceptions. Peseux a ainsi déjà accepté de passer à l'élection directe, une initiative a été lancée à Cressier et les citoyens de Corcelles-Cormondrèche devront se prononcer le 18 mai. Au Locle, troisième ville du canton, le législatif doit statuer le 22 mai. En cas d'acceptation, une votation pourra être organisée avant la fin de l'année. En cas de refus, en revanche, il deviendra très difficile – pour ne pas dire impossible – de parvenir à mettre une éventuelle initiative sous toit en avant la tenue des élections communales de l'an prochain.