Une cinquantaine d’éoliennes sur six sites avec une production annuelle de 180 gigawattheures (gWh), de quoi couvrir 18% de la consommation électrique du canton. C’est l’objectif fixé par le Conseil d’Etat neuchâtelois dans le concept éolien cantonal présenté hier par le ministre de l’Aménagement du territoire, Claude Nicati. Après «une large consultation» qui durera jusqu’à fin octobre, le gouvernement élaborera un nouveau Plan directeur cantonal éolien. Après approbation par le Conseil fédéral, il remplacera le précédent plan, arrêté en 2001.

A l’époque, Neuchâtel avait été l’un des premiers cantons à adopter un outil qui interdit tout parc éolien en dehors des périmètres retenus. Le Conseil d’Etat avait retenu deux sites, dont celui de Crêt-Meuron, entre Tête-de-Ran et La Vue-des-Alpes. Huit ans plus tard, les travaux n’ont pas commencé. Suite à un recours, le Tribunal administratif avait bloqué le projet en mars 2005, estimant que l’impact paysager des sept éoliennes était trop important par rapport à son intérêt énergétique. Le Tribunal fédéral a cassé cette décision en août 2006, ouvrant de nouvelles perspectives à l’éolien en Suisse.

Depuis lors, avec l’introduction de la rétribution à prix coûtant, les projets se multiplient. Mais il s’agit surtout «d’effets d’annonce pour marquer le terrain», comme le souligne le chef du Service neuchâtelois de l’énergie, Jean-Luc Juvet. Sur le terrain, rien ne bouge ou presque. La Suisse ne recense que 13 éoliennes d’une puissance de plus de 100 kW, dont huit sur le parc du Mont-Crosin. Le site du Jura bernois est en train de s’agrandir: huit nouvelles hélices seront opérationnelles à l’automne 2010.

Ce contexte nouveau a poussé Neuchâtel à revoir son cadre légal. «Cela mettra fin à un certain nombre de spéculations, souligne Claude Nicati. C’est une façon de dire: «Il y a six sites prêts à accueillir des éoliennes, mais rien de plus.»

La méthode utilisée pour définir le concept éolien cantonal est inédite en Suisse. Les différents sites ont été analysés sur la base de critères techniques, mais aussi, d’emblée, sous l’angle environnemental et paysager. D’ordinaire, ces éléments étaient étudiés dans une deuxième étape, une fois un site retenu pour sa forte exposition au vent.

Chaumont recalé?

Au final, seuls six sites sur quatorze respectent tous les critères fixés (voir infographie). Chaumont, entre Neuchâtel et le Val-de-Ruz, figure parmi les lieux écartés en raison de sa position sur la première crête jurassienne, donc «visible depuis le Plateau». Problème: le parlement du chef-lieu a déjà voté en 2004 un crédit de 8,8 millions de francs pour y installer deux éoliennes.

«Nous tenons à ce projet, souligne Olivier Arni, en charge du dossier au sein de l’exécutif de la Ville de Neuchâtel. Nous ne pensons pas que la situation sur la première crête jurassienne constitue un problème. Ce n’est pas un critère cohérent: une localisation sur la deuxième crête du Jura est-elle vraiment moins dommageable pour le paysage? Je ne suis pas sûr que les habitants du Haut du canton partagent cette appréciation. Nous allons profiter de la consultation pour faire valoir nos arguments. En espérant que le Conseil d’Etat les entendra…»

Le site de Crêt-Meuron, lui, a été retenu. Cela tombe bien: un nouveau permis de construire vient d’être déposé. Responsable de Suisse Eole pour la Suisse romande, Martin Kernen espère une mise en service «pour l’automne 2011». A condition, bien sûr, qu’il n’y ait pas de nouveaux recours, en particulier sur la modification du plan d’affectation. Les éoliennes nouvelle génération mesurent 98,5 mètres de haut contre 93 mètres pour les anciennes. Mais elles produisent plus: 23 gWh contre seulement 13 gWh dans le projet initial. «La pesée d’intérêt devrait nous être favorable», estime Martin Kernen.

Une fois le nouveau plan directeur adopté, a priori à fin 2010, les sites retenus seront très convoités. Claude Nicati assure que tout reste ouvert pour leur exploitation: «A ce stade, nous ne voulons exclure aucun acteur.» Là aussi, Neuchâtel pourrait jouer le rôle de pionnier. Les Verts ambitionnent de créer une société cantonale pour exploiter l’énergie éolienne des six sites en collaboration avec un ou plusieurs distributeurs. Ce scénario est inspiré par l’expérience de RhonEole SA, société de communes valaisannes qui a construit les hélices de Collonges et de La Verrerie, près de Martigny. «Plusieurs communes nous ont fait part de leur vif intérêt», assure Laurent Debrot, député écologiste et moteur du projet.