Les ressources financières vont baisser à Neuchâtel

Comptes L’exercice 2014 boucle avec un boni

Le sentiment est ambivalent. Dans quel état sont réellement les finances du canton de Neuchâtel? La majorité bourgeoise du Grand Conseil a-t-elle eu raison de voter une motion qui exige une économie de 8% des charges, soit 164 millions?

Le résultat des comptes 2014 contredit l’alarmisme parlementaire. Alors que le budget prévoyait une perte de 15,4 millions (0,7% des 2 milliards de charges), les comptes bouclent avec un petit bénéfice de 2 millions, dont 1,9 est placé dans une réserve conjoncturelle. En réalité, l’écart atteint 54 millions entre budget et comptes. Comme l’y contraint la loi, le canton a provisionné 35 millions pour risques et litiges en cours, tout en dissolvant pour 13 millions d’autres réserves; les 14,5 millions provenant du bénéfice de la Banque nationale sont affectés aux comptes 2015.

Neuchâtel en aurait-il fini avec les soucis financiers? Le décryptage est délicat. Le total des rentrées fiscales est inférieur en 2014 à celui de 2013, mais le gouvernement se targue d’une manne des personnes physiques supérieure au budget de 25,5 millions. Le «coût» de la baisse du taux pour les familles est moins élevé que prévu.

Moins de rentrées fiscales

Autre comparaison qui prête à débat: l’impôt des entreprises, réformé en 2012. Il a grimpé de 140 à 173 millions entre 2011 et 2012, puis 200 millions en 2013 et 223 millions en 2014. Il a subi pourtant un tassement l’an passé, car la clé de répartition de cette manne avec les communes est plus favorable au canton. Comparativement à 2013, la fiscalité des personnes morales a rapporté 10 millions en moins. «Mais c’est toujours bien au-delà de ce qui avait été prévu avant la réforme», affirme Laurent Kurth.

Ce qui permet surtout au ministre des Finances d’être satisfait, c’est la maîtrise des charges. La masse salariale est de 10 millions inférieure au budget, à peine supérieure à celle de 2013. «Il y a une grande rigueur dans l’analyse des remplacements», explique le chef du service financier, Nicolas Gigandet. Les biens, services et marchandises sont en recul de 5 millions. Et le Conseil d’Etat d’affirmer, par la voix de son président Alain Ribaux que, «progressivement, nous endiguons les dynamiques négatives».

«Pour la troisième fois en quatre ans, nous bouclons avec un petit bénéfice, renchérit Laurent Kurth. On ne peut ainsi pas prétendre avoir un déficit structurel.» Pourtant, l’avenir financier neuchâtelois n’est pas rose. Alain Ribaux insiste pour que les efforts de rigueur «se poursuivent et s’accroissent». Car Neuchâtel devra conserver un équilibre budgétaire avec moins de ressources. Il reste une importante étape de diminution de la fiscalité, des entreprises et des personnes physiques, qui coûtera quelque 60 millions d’ici à 2018. Ensuite, la péréquation intercantonale rapportera moins, déjà une vingtaine de millions en 2016, entre 30 et 60 millions d’ici à 2018.

Le gouvernement prépare un programme d’économies. De quelle ampleur? 164 millions ou 100 à 120 millions de manque à gagner fiscal et de la RPR? «J’ai bon espoir que nous nous baserons sur la situation réelle et pas sur cet objectif de réduction de 8% des charges, estime Laurent Kurth. Ce d’autant que nos efforts de 2014 et 2015 représentent déjà 40 à 50 millions.»