«Pas question d'envisager un partage avec la gauche.» Le président du Parti libéral-PPN Pierre de Montmollin a été entendu jeudi soir à Boudry. Les libéraux ont ratifié à une large majorité (308 contre 10) la liste bourgeoise pour le Conseil des Etats avec la radicale Michèle Berger-Wildhaber et le libéral Jean Cavadini. La droite se dit parée pour garder sa mainmise dans cette Chambre. S'il est réélu, Jean Cavadini entamera sa sixième législature à Berne, il en a vécu deux au National, puis trois aux Etats. Personne, au Parti libéral, n'a estimé qu'il avait fait son temps. Chez les radicaux et les socialistes, certaines voix s'étaient élevées pour tenter d'envoyer en retraite, sans succès, Claude Frey et François Borel, parlementaires fédéraux depuis 20 et 18 ans.

Aux côtés de Jean Cavadini plébiscité par les siens, Michèle Berger-Wildhaber a la tâche de reprendre le fauteuil laissé par Thierry Béguin, devenu conseiller d'Etat et qui ne veut plus assumer la double fonction de parlementaire fédéral et de ministre cantonal.

La radicale et le libéral ont les faveurs de la cote. Ils auront face à eux une gauche dispersée. Les socialistes, ce soir à Colombier, devraient lancer le ticket Heidi Deneys – Jean Studer. Le POP présente Alain Bringolf, les Verts Fernand Cuche et Francine John.

Alliée dans l'élection aux Etats, la droite sera aussi unie pour le National, libéraux et radicaux apparenteront leurs listes pour garder trois des cinq sièges neuchâtelois. La situation est pourtant ambiguë. Derrière l'union de façade, les deux partis se livreront une lutte farouche pour l'un des fauteuils. En 1995, les radicaux, emmenés par Claude Frey, avaient subtilisé aux libéraux le siège occupé par Rolf Graber. D'un rien, pour 734 suffrages. Le Parti libéral veut retrouver sa position. Pour y parvenir, il fait confiance à Rémy Scheurer, qui brigue un troisième mandat, à Georges Jeanbourquin, Sylvie Perrinjaquet, Christian Blandenier et Thérèse Humair. Rolf Graber aurait voulu retourner au front, son parti ne l'a pas retenu.

Malgré l'enjeu, on ne se fera aucun tort entre amis de droite. «Il ne faut pas se tromper d'adversaire, lance le secrétaire du Parti radical Damien Cottier. Savoir qui, des radicaux ou des libéraux, aura un ou deux élus, est moins important que le maintien de la position dominante de la droite.» Les radicaux comptent de leur côté faire réélire Claude Frey et Daniel Vogel.

Face à l'alliance bourgeoise, la gauche s'organise. Les socialistes lanceront deux listes, l'une masculine comprenant les sortants François Borel et Didier Berberat, l'autre féminine. La stratégie se veut favorable aux femmes, elle est susceptible de faire mordre la poussière à l'un des titulaires. Didier Berberat et François Borel subiront en outre la menace du POP, de Solidarité et des Verts, apparentés au PS. En 1995, il ne s'en était fallu que de 300 listes pour que le PS soit contraint de céder l'un de ses sièges à son allié popiste.

Plus qu'un éventuel renversement de majorité entre droite et gauche, l'enjeu des élections fédérales dans le canton de Neuchâtel se situe surtout à l'intérieur des blocs.