«C'est un homme consensuel, ouvert, qui n'est pas doctrinaire.» Dans les coulisses de l'élection au Conseil d'Etat, la droite loue les qualités de Jacques-André Maire, socialiste des Montagnes neuchâteloises. Quand il a annoncé sa candidature, en janvier, personne ne le connaissait hors du périmètre restreint de son village des Ponts- de-Martel, situé dans la vallée de La Sagne. Depuis, cet homme qui a siégé au Grand Conseil «sans posséder la carte du parti», a fait son chemin. Débats à la radio, présence sur le terrain: d'ici au 8 avril, date des élections, Jacques-André Maire sera aussi connu que son colistier Bernard Soguel, apparatchik du Parti socialiste.

Sur l'affiche socialiste, Monika Dusong, conseillère d'Etat sortante, figure aux côtés de Bernard Soguel. Jacques-André Maire se trouve en arrière-plan. Les trois sourient à la manière des témoins de Jéhovah quand ils sonnent à votre porte. Ils esquissent un geste pour nous inciter à les rejoindre au royaume de la gauche socialiste. Jacques-André Maire est un chrétien engagé, mais pas un sectaire. En 1993, le Parti socialiste l'a sollicité pour figurer sur les listes du Grand Conseil. Elu, il fut un député discret avant de démissionner l'an dernier, en devenant l'adjoint au chef de la formation professionnelle du canton.

L'Instruction publique est dirigée par le radical Thierry Béguin, qui relève volontiers les qualités de son collaborateur. Un libéral en vue à Neuchâtel confirme: «Ce n'est pas un doctrinaire. Il a accompli un travail de fond sans se mettre en avant.» Dans le Littoral, un radical renchérit: «Récemment, Jacques-André Maire et l'un de ses collègues sont venus présenter le projet d'informatique à l'école devant les députés radicaux. Notre président de groupe, Pierre Hainard, a déclaré «qu'il était rare d'avoir des exposés de pareille qualité».

Quand on lui fait part de ces louanges, Jacques-André Maire les accepte placidement et précise: «C'est vrai qu'au Grand Conseil on ne m'a pas beaucoup entendu, mais je travaillais dans l'administration et ne voulais pas m'exprimer sur les sujets concernant mon département. J'ai toujours eu une action en arrière-scène, au sein des commissions.»

Il pourrait faire de l'ombre à Bernard Soguel, que la droite trouve trop «socialo-dogmatique», pour reprendre l'expression d'un radical. En fait, quand il s'est lancé dans la course au gouvernement, Jacques-André Maire n'avait «aucune intention» de se mettre en concurrence avec Bernard Soguel. «Les socialistes avaient choisi la stratégie: deux socialistes plus un représentant des petits partis. Les petits partis ont décidé de lancer leur propre liste. Alors, je me suis présenté.» Cette troisième roue de la remorque ne constituait, en principe, aucun danger pour Bernard Soguel, qui voyait s'ouvrir la porte du Conseil d'Etat après le retrait du Chaux-de-Fonnier Didier Berberat.

«Si les petits partis avaient proposé l'écologiste Fernard Cuche dans la perspective d'une liste deux plus un, je ne pense pas que les socialistes auraient été ravis. Un candidat capable de passer, cela aurait été ennuyeux», ricane un popiste. Tandis qu'avec Maire, on ne risque rien? Cela reste à voir. «Je me demande comment réagiront les socialistes si Maire passe devant Soguel?», se demande encore le popiste. Car Bernard Soguel, malgré son activisme associatif et culturel, n'est pas très connu dans le Haut, bien qu'il soit natif de La Chaux-de-Fonds. Lors des élections fédérales de 1995, il était allé au casse-pipe par dévouement contre l'inoxydable duo de droite (Cavadini-Béguin). Et il en était ressorti meurtri, avec deux fois moins de suffrages que les élus de droite.

«A mon avis, la gauche du Haut va voter pour Jacques-André Maire et la popiste Claudine Sthaeli-Wolf», pronostique un politicien des Montagnes. Cette perspective a le don d'irriter Christiane Rochat, président de la section socialiste des Ponts-de-Martel: «Il faut arrêter avec le clivage Haut-Bas, c'est dépassé. Nous avons des candidats qui défendent toutes les régions.» Mais elle espère quand même que les électeurs de droite du Haut ajouteront Maire sur leurs listes. C'est possible, car même si la gauche affirme sa volonté de faire basculer la majorité, Maire déclare que «le canton doit être gouverné au centre». Et s'il tire son chapeau à Monika Dusong et à Bernard Soguel de l'avoir accepté sur une liste où il était «un peu un intrus», cet homme âgé de 43 ans aime citer les encouragements entendus pendant qu'il bat la campagne: «Votre présence au gouvernement amènerait un peu de renouveau, me disent les jeunes.»