Le message est clair. Les citoyens neuchâtelois ont refusé le droit de vote sur demande aux jeunes de 16 à 18 ans. Avec 59% de non et 35% de participation, l’initiative populaire se voit balayée. La ville de Neuchâtel est la seule commune à avoir dit oui avec 50,8%.

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Baptiste Hunkeler, député socialiste et président du comité d’initiative, y perçoit néanmoins un message positif. «D’autres cantons, tels que Berne et Bâle, ont déjà voté sur le même sujet. Le refus était nettement plus marqué avec plus de 70% d’opposition. On peut dire qu’aujourd’hui nous avons clairement progressé. Il faut aussi ajouter qu’avec ce type d’initiative, il est compliqué de réussir du premier coup», reconnaît le socialiste.

Voter sans pouvoir signer son contrat d’apprentissage

Pour rappel, l’initiative proposait le droit de vote pour les jeunes entre 16 et 18 ans qui en effectueraient la demande. Cependant, ils n’auraient pas obtenu le droit d’éligibilité. Une contradiction pour Béatrice Haeny, présidente du groupe PLR au Grand Conseil. «Imaginez qu’un jeune puisse voter, mais doive faire signer son contrat d’apprentissage par un adulte. Cette situation paradoxale n’était pas désirable», commente-t-elle. Opposée à l’initiative, la PLR se montre ravie du résultat. «La population a souhaité conserver la cohérence du système actuel qui implique la majorité civile, civique et pénale à 18 ans», indique-t-elle.

Le débat est lancé

Cette initiative a au moins eu le mérite de lancer la discussion. Durant la campagne, les opposants et les partisans ont mené des débats dans les écoles avec les étudiants. Verdict? «A la fin de chaque rencontre, nous faisions un sondage afin de connaître le nombre de jeunes qui désiraient voter avant 18 ans. A chaque fois, ils étaient une majorité», révèle Baptiste Hunkeler. Une fausse bonne idée pour Béatrice Haeny. «Les échanges ont certes permis aux jeunes d’être sensibilisés sur la question de la participation, cependant l’initiative posait un problème de fond. Ils auraient reçu des droits sans les obligations qui vont avec», déclare la PLR. Elle reste néanmoins ouverte et propose même un abaissement de la majorité à 16 ans. «Ce débat doit être mené. Dans ce cas, le droit serait lié à l’obligation», précise-t-elle.

«Pas contre le vote obligatoire»

L’initiative se voulait également une solution face au faible taux de participation des 18-29 ans. «A Neuchâtel, nous avons accordé le droit de vote aux étrangers. Le taux de participation n’a pas changé pour autant. Ce n’est pas en augmentant le nombre de citoyens que le taux de participation va évoluer», affirme Béatrice Haeny. Ce dimanche, le taux de participation atteignait 35%. La PLR reconnaît qu’il y a un vrai problème: «Pour faire augmenter le taux de participation, je pense que les politiciens doivent se montrer plus disponibles pour la population. L’éducation civique doit aussi être améliorée. Je ne suis pas contre le vote obligatoire, mais il faudrait en définir les modalités: amende ou rabais sur l’impôt? La question se pose.»

Voter avec ses pieds

L’année 2019 a été marquée par la forte mobilisation des jeunes autour des problématiques liées au climat. Baptiste Hunkeler craint que ces manifestations continuent, faute d’offrir une voie démocratique aux jeunes qui souhaitent se faire entendre. Béatrice Haeny ne partage pas cet avis. «Les jeunes manifestants pour le climat se mobilisent, car ils se sentent concernés par ce sujet, mais pas forcément par d’autres thématiques. Nous avons besoin d’engagement sur le long terme et non de votants qui s’expriment seulement lorsque ça les intéresse», assure-t-elle.

A Genève, à Vaud, au Valais et à Zurich, le droit de vote à partir de 16 ans est actuellement en discussion. Neuchâtel n’envoie-t-il pas un mauvais signal aux autres cantons romands? «Pas du tout», répond Baptiste Hunkeler. «Au contraire, le débat qui est mené autour de cette question se renforce, notamment auprès de la population et dans les écoles. Les mentalités évoluent dans le bon sens», déclare-t-il.