Les Neuchâtelois et Jurassiens font grise mine après l’annonce des primes maladie 2023. En pourcentage, leurs cantons figurent respectivement au 1er et au 5e rang des hausses les plus marquées sur le plan fédéral. Ils sont aussi les plus mal lotis au niveau romand. La facture mensuelle moyenne, toutes catégories d’âge confondues, augmentera de 33,70 francs à Neuchâtel pour s’établir à 387,20 francs (+9,5%), et de 26,60 francs dans le Jura, à 362,50 francs (+7,9%).

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«C’est évidemment une mauvaise nouvelle pour le canton de Neuchâtel, dans un contexte où le porte-monnaie des ménages est déjà particulièrement sous pression», réagit Florence Nater, conseillère d’Etat socialiste chargée de la Cohésion sociale. Si elle s’attendait à cette hausse, elle a tout de même été surprise par son ampleur: «Quand un adulte doit payer plus de 450 francs de primes en moyenne, c’est que quelque chose ne fonctionne pas.»

Dans l’immédiat, sa préoccupation sera de limiter l’impact de cette hausse sur les bas et moyens revenus, en finalisant la stratégie cantonale en matière de subsides. Le canton a-t-il les moyens d’augmenter sans cesse ses aides? «C’est la seule réponse ciblée que nous pouvons apporter pour corriger ce système de primes par tête. Si des assurés ne peuvent plus payer leurs factures, le canton sera contraint de le faire par le contentieux et cela aura un coût encore plus élevé. On ne peut pas simplement réduire les aides pour signifier notre ras-le-bol.»

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Un système à revoir en profondeur

Nettement plus remonté, le ministre jurassien de la Santé Jacques Gerber ne s’étend pas sur les chiffres. «Ce sont des moyennes de moyennes qui ne veulent rien dire. Comment expliquer que dans le Jura, les augmentations de primes vont de 1 à 18% selon les caisses», s’emporte le ministre PLR. Pour lui, le nœud du problème se situe dans le système de santé suisse lui-même. «On peut le comparer à un centre commercial où le client peut se servir autant qu’il veut après avoir payé un droit d’entrée, et où les prestataires ont tout intérêt à écouler un maximum de marchandises, même si elles sont superflues. Cela fait exploser les coûts, les gens ne peuvent plus payer et il faut les aider avec de l’argent public. Ce n’est pas possible de continuer comme ça, on court à la catastrophe.»

Alors que faire? «Très honnêtement, je ne sais plus. Depuis des années, je propose à la Confédération de mener des projets pilotes dans le Jura pour réduire les coûts de la santé, mais je ne vois rien venir.» Selon Jacques Gerber, ce sont surtout les Chambres fédérales qui doivent assumer leurs responsabilités: «Elles sont gangrenées par les lobbys, que ce soit des caisses maladies, des hôpitaux, des médecins, des pharmaciens, des patients. Chacun milite pour ses propres intérêts et personne ne fait attention à la globalité du système. Il est urgent que le politique, au sens noble du terme, reprenne le contrôle pour ensuite redéfinir l’essence même de l’assurance maladie et son fonctionnement.»

A Neuchâtel comme dans le Jura, les conseillers d’Etat espèrent que le contexte de crise actuelle donnera un coup d’accélérateur à des discussions qui, si elles s’annoncent compliquées, s’avèrent plus que jamais nécessaires.

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