Le PLR comptera une troisième femme conseillère d’Etat en Suisse romande. La Neuchâteloise Crystel Graf rejoint la Genevoise Nathalie Fontanet et la Vaudoise Christelle Luisier. «C’est une bonne journée pour notre présidente nationale», sourit Fabio Bongiovanni. Une très bonne journée pour lui aussi, patron des libéraux-radicaux neuchâtelois. La vague bleue du premier tour s’est confirmée et elle ouvre les portes du gouvernement à une jeune femme encore inconnue du grand public il y a quelques semaines: la Chaux-de-Fonnière Crystel Graf. A 35 ans, encore peu expérimentée en politique, elle a devancé de plus de 4000 voix le Vert Roby Tschopp. Tenante d’une droite décomplexée, elle avait déclaré après le premier tour n’être pas du tout féministe.

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Attaquée par la Grève des femmes pour ses propos, cela n’a pas porté à conséquence. Sa jeunesse a joué un rôle déterminant. Même si, à gauche, certains rappellent qu’elle n’a pratiquement aucune expérience politique. Le président du PS, Romain Dubois, ose carrément la comparaison avec un autre PLR, Frédéric Hainard. Elu à 34 ans, ce dernier avait dû démissionner quelques mois après son élection. Mais Crystel Graf ne se laisse pas déstabiliser par les critiques: «Ce qui compte, ce sont les compétences métier. J’ai toujours été cadre, je dirige l’Organisation de surveillance financière à Neuchâtel et je suis prête à beaucoup travailler pour apprendre.»

Elle va apporter un souffle nouveau, mais pour ce qui est le choix de son futur département, elle a déjà été rattrapée par la langue de bois: «Tout m’intéresse.» Elle rappelle toutefois qu’elle a travaillé par le passé à la Direction générale de l’enseignement obligatoire du canton de Vaud. Une remarque qui ne doit rien au hasard, le Département de la formation étant libre avec le retrait de Monika Maire-Hefti.

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Cuisante défaite des Vert·e·s

La victoire du PLR, c’est aussi la défaite des Vert·e·s. Elle est cinglante. Leur candidat, le conseiller communal (exécutif) du Val-de-Ruz, Roby Tschopp, a terminé très loin des cinq élus. Cet écart est probablement dû à de nombreux coups de crayon socialiste. Le PS n’aurait-il pas dû maintenir son 3e candidat Frédéric Mairy, qui avait devancé l’écologiste le 18 avril? «Ce n’était pas possible de maintenir trois candidats socialistes, mais ce que je regrette, c’est que les Vert·e·s ne soient pas partis avec nous dès le premier tour. Cela aurait créé une tout autre dynamique», affirme le président du PS, Romain Dubois.

Chez les Vert·e·s, le couple Tschopp était très isolé dans la cour du Château cantonal. Présidente du parti et épouse du candidat, Christine Ammann Tschopp ne remet toutefois pas en cause la stratégie de sa formation: «Dans les cantons du Jura et du Valais, nous étions aussi partis séparément. A Neuchâtel, nous ne nous sommes unis au PS dès le premier tour qu’en 2013, et cela n’avait pas fonctionné.» Concernant le choix de sa candidature, Roby Tschopp se défend: il avait pour lui une solide expérience, et il n’était pas possible de faire émerger rapidement une nouvelle personnalité. Après l’élection de Fabien Fivaz et de Céline Vara aux Chambres fédérales, les Vert·e·s neuchâtelois·e·s manquaient de relève.

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Pas de révolution annoncée

La gauche perd donc sa majorité au gouvernement acquise en 2013. Mais pas de révolution annoncée pour autant: «Nous devrons être une équipe. Le gouvernement actuel a fait du bon travail, il ne faut pas tout bouleverser», affirme Crystel Graf. Le PLR sortant Laurent Favre va dans la même direction: «L’objectif est de renforcer l’attrait résidentiel et économique du canton.» Il insiste aussi sur l’importance de ne pas augmenter les impôts, contrairement au souhait de la gauche.

L'autre sortant, le socialiste Laurent Kurth, avance deux points qui lui tiennent à cœur: la poursuite d’un fonctionnement collégial et la volonté de continuer la relance du canton, sans défaire tout ce qui a été entrepris jusqu’ici. Sur un plan plus personnel, le ministre des Finances et de la Santé ne cache pas une petite blessure: sa dernière place dans sa ville de La Chaux-de-Fonds, où il est même devancé par Roby Tschopp: «Cela me fait un peu mal de ne pas avoir la confiance de ma région, je m’engage aussi pour elle.»

L’un des premiers enjeux de ce nouveau gouvernement sera la répartition des départements. Les discussions seront précisément menées par Laurent Kurth, doyen de fonction. Elles seront ouvertes, et il espère qu’elles se passeront dans un climat serein: «Si on arrive à s’entendre, cela posera de bonnes bases de départ.» Un seul élu était clair ce dimanche sur ses intentions: Laurent Favre souhaite conserver son Département du développement territorial et de l’environnement. Un département dont rêvait un certain Roby Tschopp.

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