Sur la carte du tourisme suisse et européen, Neuchâtel n'existe pas. Malgré Expo.02, le canton est resté un territoire méconnu qui n'attire guère l'étranger de passage. Fort de ce constat, le Conseil d'Etat a chargé le spécialiste du tourisme Peter Furger de développer une stratégie globale. Objectif: mettre en valeur les atouts de la région afin qu'elle trouve sa place dans la rubrique «Vaut le détour» des guides touristiques.

Le projet du consultant haut-valaisan a été présenté hier à la Maison blanche de La Chaux-de-Fonds, première construction réalisée par Le Corbusier. Dans ce lieu hautement symbolique, Peter Furger a souligné «le grand potentiel touristique» du Pays de Neuchâtel. Malheureusement, celui-ci reste «largement méconnu» comme le montre un sondage réalisé en 2003 par M.I.S Trend en Suisse alémanique: 26% des sondés étaient incapables de citer un attrait spécifique du canton.

Neuchâtel n'est pas pour autant condamné à l'anonymat. Pour «l'extraire de la masse», le consultant propose d'utiliser son statut de berceau de l'industrie horlogère et de construire la stratégie cantonale autour de la notion de temps.

Repris à son compte par le Conseil d'Etat, le concept repose sur deux axes. Un «Espace du Temps», tout d'abord, qui comprend la mise en valeur du patrimoine industriel, technologique et culturel de Neuchâtel, La Chaux-de-Fonds et Le Locle. Il est complété par trois «Rondes du Temps» qui regroupent les activités dans la nature (lacs et rivières, tourisme vert et sports de neige). Cette classification permet aux musées (remonter le temps), à l'horlogerie (la maîtrise du temps) et au tourisme vert (prendre son temps) de présenter un label commun.

Icône et coquille vide

L'idée d'utiliser l'horlogerie comme outil promotionnel n'est pas nouvelle. Depuis 1998, les villes de l'Arc jurassien développent une communication commune sous l'appellation «Watch Valley». L'initiative n'a pas rencontré le succès attendu. «Le label promet beaucoup mais offre peu d'atouts percutants en terme de contenu. Il souffre du syndrome de la coquille vide», reconnaît Yann Engel, directeur de Tourisme neuchâtelois.

Le projet Furger vise à corriger le tir et à structurer une offre peu lisible. Il prévoit d'abord la construction d'un monument phare en lien avec la maîtrise du temps. Afin de marquer les esprits, il pourrait être construit par un architecte de renommée internationale. «Rien n'est encore décidé, précise le ministre de l'Economie, Bernard Soguel. Nous avons la volonté de pourvoir bénéficier d'une icône. Mais pour cela, le soutien de partenaires privés est indispensable. L'Etat n'a pas de moyens à engager dans un tel projet.»

Reste le plus difficile: convaincre les privés - les marques horlogères en premier lieu - à ouvrir leur porte-monnaie. Des démarches dans ce sens seront entreprises ces prochains mois. Une première information sera donnée en 2008 selon un agenda qui reste à déterminer.